Alien 3: la métaphore biblique de David Fincher

Publié le par Leon9000

Synopsis:

Seule survivante d'un carnage sur une planète lointaine, Ripley s'échoue sur Fiorina 161, planète oubliée de l'univers, balayée par des vents puissants. Une communauté d'une vingtaine d'hommes y vit. Violeurs, assassins, infanticides, ce sont les plus dangereux détenus de droits communs de l'univers. L'arrivée de Ripley va les confronter à un danger qui sera plus fort qu'eux.

Alien 3 reste encore à ce jour l'épisode le plus controversé de la saga, d'une part en raison des libertés prises vis à vis du deuxième opus qui attirèrent la colère de James Cameron et également du fait de son développement chaotique. Le script changea d'orientation à maintes reprises durant le tournage et David Fincher lui même quitta la production avant le montage final, le réalisateur allant presque jusqu'à encore renier son film aujourd'hui. Et pourtant ces difficultés dans la production du film étaient t-elles le prix à payer pour un résultat de meilleure qualité? En effet, il est admirable de constater qu'en dépit de son développement laborieux, cet Alien 3 s'impose comme le meilleur opus de la franchise.

De manière générale, la saga Alien tire sa force de la grande diversité entre les quatre opus de la saga, tous réalisés par des cinéastes talentueux (Ridley Scoot, James Cameron, David Fincher et Jean-Pierre Jeunet) qui ont chacun apportés leur touche personnelle et leur habileté spécifique pour enrichir la saga en la menant vers de nouveaux horizons. Après la dimension apocalyptique et guerrière d'Aliens de James Cameron, David Fincher renoue de son côté avec l'ambiance plus oppressante du premier Alien de Ridley Scoot mais dés les premières minutes, le style du réalisateur embellit considérablement le mythe. L'ambiance de cet Alien 3 est sombre, froide, glauque; le style visuel de Fincher s'adapte immédiatement à cet univers infernal et torturé conférant à cet opus d'Alien la plus forte personnalité de la saga. Les problèmes de rythme constatés dans les précédents opus sont ici absents grâce à une dimension dramatique plus intense qu'auparavant ainsi qu'une meilleure gestion de la tension. Mais le grand impact de cet Alien 3 réside certainement dans l'interprétation impressionnante de Sigourney Reaver (dont le salaire pour ce film dépassa celui de la production globale). Son personnage de Ripley confrontée à une véritable plongée en enfer s'impose en effet comme le véritable pilier du film aux côtés de la mythique créature.

Et toute cette dimension dramatique et terrifiante du film est de surcroît appuyée par l'aspect mystique particulièrement prononcé de cet Alien 3. Ripley doit affronter la créature sur une planète infernale, isolée au fin fond de l'univers, une sorte d’incarnation de l’enfer dans la galaxie. Ce monde est uniquement peuplée d'hommes, tous de dangereux criminels tentant de trouver la foi et la rédemption. L'arrivée d'une femme dans la communauté masculine commence à engendrer le trouble et la confusion, d’autant plus que cette femme emporte avec elle un véritable démon en la personne de l’Alien qui décime la population. C’est néanmoins cette femme qui les pousse à prendre les armes et à terrasser la créature. Mais lorsque la femme s’aperçoit qu’elle porte en elle même le monstre, elle décide d’empêcher sa propagation dans l’univers et de le tuer en enfer dans un grand sacrifice biblique. Cet Alien 3 est incontestablement l’opus qui possède la plus forte dimension biblique de la saga, même l’Alien est ici assimilé à un démon, il prend d’ailleurs naissance dans le ventre d’un chien dont il reprend les caractéristiques (constituant une sorte de Cerbère, chien gardien des enfers dans la mythologie grecque).

 Au final, malgré les quelques lacunes techniques liés à la représentation de l’Alien (malheureusement habituelles dans la saga à l’exception d’Alien Ressurection), la patte de David Fincher et la dimension biblique du film apportent une nouvelle profondeur à la saga. En dépit des nombreuses critiques adressées contre ce film, son audace sans limites et ses choix artistiques assumés lui confèrent  le titre de meilleur opus de la saga Alien qui aura décidément exploré de nombreuses facettes de la fascination pour l’horreur et l’inconnu.



Publié dans Films du jour

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