Avatar: le septième art peut encore nous faire rêver (première partie)

Publié le par Leon9000

Est t-il encore besoin de présenter Avatar? Ce titan américain, porteur d'une nouvelle révolution cinématographique, est parvenu à se hisser au sommet du box office avec une facilité déconcertante. James Cameron est devenu le premier réalisateur à avoir deux de ses films en tête du box office mais cela n'aura pas été volé. Avatar n'est pas simplement le blockbuster le plus ambitieux de ces dernières années, il s'agit également d'un grand film de science fiction, héritier d'un siècle de films ayant dépeint l'espace et le futur de l'humanité. Pour un film exceptionnel, un article exceptionnel revenant en détail sur les nombreuses facettes d'Avatar qui bien au delà de son esthétique visuelle propose une véritable force narrative. Mais avant de plonger plus en détail dans l'histoire de Jake Sully, revenons si vous le permettez quelques mois en arrière là où Avatar était encore inconnu du grand public pour tenter de comprendre l'attente qu'il a suscité.

 

 

AVATAR: POURQUOI UNE TELLE ATTENTE?

Zoe Saldana et Sam Worthington. Twentieth Century Fox France

 

 

Dans le vaste monde du septième art, certains films savent créer un engouement considérable, une sorte d'euphorie collective qui ne cesse de s'enrichir au fil des mois avant d'atteindre son apogée lors de la sortie de l'œuvre. En ces temps moroses du cinéma américain, les blockbusters américains semblent avoir oubliés le sens du mot créativité: avalanche d'adaptations de bandes dessinées ou de romans cultes, déluge de suites ou de remakes, depuis la sortie du premier Matrix des frères Wachowski en 1999, les blockbusters originaux et dignes d'intérêt se comptent malheureusement sur les doigts de la main. Dans un tel contexte, l'apparition d'une œuvre comme Avatar ne pouvait que susciter l'enthousiasme. Imaginez donc: le plus grand budget de l'histoire du cinéma aux commandes de James Cameron, l'homme derrière Terminator, Aliens ou Abyss et surtout pour le plus grand public de Titanic, trônant toujours au sommet du box office de tous les temps. De surcroit Avatar se présentait comme une oeuvre spectaculaire totalement nouvelle, conçue et crée pour du cinéma ne dégageant pas ainsi ce sentiment consternant d'un manque d'originalité.

 

Alors que l'actualité cinématographique avait été ternie par une absence d'audace depuis des années, Hollywood semblait souvent vouloir répondre au mécontentement des cinéphiles par un projet d'une ambition démesurée: douze années de développement pour ce film, l'oeuvre ultime de James Cameron selon les propres mots du réalisateur, un secret absolu autour du projet laissant libre cours aux spéculations les plus insensées. Alors que les cinéphiles se mordaient les doigts d'impatience pendant que le grand public, totalement ignorant de l'existence du film, vaguait tranquillement à ses occupations, le secret fut enfin brisé avec l'apparition du premier teaser. Tandis que certains clamaient déjà haut et fort « James Cameron is the King of the World!», d'autres alarmés s 'écriaient « c'est quoi ce truc? Le Seigneur des Anneaux au pays des Schtroumpfs? ».

Un concept art des Navi's qui avait filtré sur la toile.

 

Là où l'attention du grand public commença à être attirée, ce fut à l'annonce de l'effet 3D autour du film, annoncé comme l'une des révolutions du cinéma qui allait permettre de rehausser les visites des salles obscures. En effet, le cinéma ne connaît pas vraiment un âge d'or, la crise a également touché le septième art, le téléchargement fait toujours des ravages et les spectateurs n'avaient plus trop envie de se déplacer dans les salles obscures, préférant regarder des films sur les écrans d'ordinateurs ou encore se divertir avec les séries télévisées ou les jeux vidéos, qui de manière objective, démontraient beaucoup plus d'audace et de créativité que le cinéma populaire ces dernières années.

 

James Cameron pour sa part ne craignait pas le téléchargement, son film ne pouvait être pleinement apprécié que dans les salles de cinéma compte tenu de la technologie utilisée. Voilà les promesses que renferme l'effet 3D: inciter les spectateurs à aller voir les films au cinéma et non chez eux en leur proposant un divertissement incroyable qu'ils ne trouveraient nulle part ailleurs. Avant même sa sortie, plusieurs critiques osaient déjà placer Avatar dans la liste des 20 films ayant changés l'histoire du cinéma (aux côtés de Starwars, Dents ou de la Mer ou autres Bon, la brute et le Truand). C'est d'ailleurs l'effet 3D davantage que le film lui même dont le grand public parle sans cesse depuis la sortie d'Avatar et qui lui permet d'atteindre les sommets du box office, il est donc normal que cet article analyse l'effet 3D en premier lieu plutôt que le film lui même.

 

L'EFFET 3D: VERITABLE REVOLUTION?

 

Inutile de faire durer le suspense bien longtemps: oui l'effet 3D d'Avatar est une réussite et renforce indéniablement l'impact du film. Si les précédents essais dans la 3D avaient été plutôt mitigés à l'image de Là Haut de Pixar, l'effet 3D d'Avatar renforce l'immersion du spectateur et contribue à rendre l'univers de Pandora beaucoup plus vivant. L'équipe de James Cameron a eu l'intelligence de ne pas abuser d'effets spectaculaires qui auraient donné un mal de crâne colossal au spectateur, la 3D s'apprécie davantage avec une accumulation de détails, des effets de particules comme la cendre et l'eau, ou les plantes de la jungle de Pandora qui semblent se dresser devant le spectateur. Les réactions enthousiastes des spectateurs dés les premières bandes annonces usant de la 3D démontrent parfaitement l'impact positif de ce système sur le grand public, qui semble ainsi remplir son pari à savoir inciter les spectateurs à aller dans les salles obscures. Beaucoup d'individus non cinéphiles sont d'ailleurs conquis par Avatar en raison de l'effet 3D plus que par le film en lui même, et si Avatar est à l'heure où ses lignes sont écrites arrivé à la deuxième place du box office mondial, c'est certainement en grande partie grâce à l'effet 3D.

 

Faut t-il pour autant s'exclamer de joie et proclamer une nouvelle renaissance du cinéma? En cela, bien des doutes sont permis. Malgré toutes les promesses qu'elle renforce, la 3D ne peut s'appliquer à l'ensemble de la production cinématographique. La notion même de 3D implique une notion de spectaculaire et de divertissement que tous les films ne revendiquent pas. Est t-il par exemple vraiment intéressant de voir des films de Woody Allen ou de Quentin Tarantino en 3D? Ce phénomène pourrait ainsi entrainer le cinéma encore plus vers une dimension de parc d'attractions plus qu'un art, finalement dans la continuité de la montée en puissance des effets spéciaux et des images de synthèse depuis de nombreuses années, le grand public étant de plus en plus friand de grand spectacle. Si la mode 3D est indéniablement lancée avec l'arrivée prochaine d'Alices au Pays des Merveilles de Tim Burton et de Tintin de l'ami Spielberg, peut t-elle justement dépasser ce simple phénomène de mode et s'inscrire dans le long terme? Pour cela, elle devra certainement évoluer et assez rapidement, sans quoi le grand public pourrait bien se lasser assez vite de ce phénomène (si déjà en premier lieu, cet assombrissement regrettable de l'image pourrait être supprimer, ce serait un bon pas en avant). Il est néanmoins clair que de nombreux blockbusters dans l'avenir gagneront à être vus en 3D mais il est certainement trop tôt pour parler de véritable révolution, l'avenir nous dira ce qu'il en est réellement. Mais assez parler de la 3D et de ses horribles lunettes, place maintenant au véritable cœur de ce dossier: Avatar, l'œuvre la plus ambitieuse de James Cameron.

Le moins qu'on puisse dire sur la 3D c'est que cela donne aux cinéphiles une sacrée allure de geeks.

 

PANDORA: UNE PLANETE PAS SI LOINTAINE...

 

« Un monde au delà de votre imagination », tel est le slogan publicitaire récurrent pour Avatar. Toute l'action du film se déroule en effet sur la planète Pandora qui propose un cadre parfaitement idéal pour le héros Jake Sully puisqu'il s'agit d'un lieu propice à l'émerveillement, la rédemption et l'abandon de la modernité. Mais malgré la dimension merveilleuse de la planète, celle ci n'est finalement pas si éloignée que cela de notre bonne vielle Terre. James Cameron et son équipe ont en effet veillé à ce que Pandora fasse irrémédiablement écho à la Terre et ce même d'un point de vue visuel. Cela commence dés les premières images de la planète dans l'espace qui pourrait presque passer comme une soeur jumelle de la Terre. Les animaux présents sur Pandora malgré leur aspect coloré et fantaisiste renvoient finalement pour la plupart à des créatures connues (cheval, panthère, rhinocéros, biche etc etc) et la race dominante sur Pandora, ces fameux Navi's, fait écho de manière évidente à la civilisation indienne. Les Navis représentent d'ailleurs le coeur d'Avatar et constituent très clairement les héros de l'intrigue au détriment même de la race humaine.

 

James Cameron ne l'a jamais caché, les indiens l'ont inspiré pour la création des Navi's et l'histoire d'Avatar fait écho à la conquête de l'ouest et le triste génocide des Indiens après l'arrivée des colons. Cette sombre page de l'histoire des Etats Unis a déjà inspiré de nombreuses oeuvres cinématographiques (Little Big Man, Mission, le Nouveau Monde) dont les éléments les plus populaires restent certainement Danse avec les Loups de Kevin Costner et le Pocahantas de Disney. Comme dans les films cités, les Navi's incarnent une civilisation vouant un culte à la nature et au respect des êtres vivants se heurtant à une civilisation matérielle et impitoyable usant de sa supériorité technologique pour s'imposer. L'univers de science fiction d'Avatar permet à James Cameron de pousser le concept de l'harmonie avec la nature à son paroxysme: les Navi's peuvent tous grâce à des tissus dissimulés dans leur chevelure se connecter mentalement avec tous les êtres vivants de la planète y compris Pandora elle même. Ce monde est en effet régi par un système de connexion entre chaque organisme vivant comme si la planète constituait un être vivant géant réagissant à chaque impact sur la planète.

  

A gauche, le mythe de Pocahontas exploité par Walt Disney. A droite la même histoire racontée par Terrence Mallik.

Jake Sully et Neytiri dans Avatar.

 

Ce cadre d'action constitue ainsi une parfaite opportunité pour livrer un spectacle écologique extrêmement pur où le combat entre la nature et la machine prend une incroyable dimension. Survivant du monde moderne, Jake Sully découvrira tout au long du film la culture Navi's, rejetant au fur et à mesure de l'intrigue le monde matériel dans lequel il est né pour finalement embrasser pleinement le monde de Pandora. Si les détracteurs du film reprocheront à Avatar une certaine simplicité en le comparant souvent à un Pocahantas en live, force est de constater que l'univers du film est incroyablement cohérent et a subi un travail de conception hallucinant.

La direction artistique du film s'est donnée à coeur joie dans la création de Pandora grâce notamment à des génies comme Richard Taylor, créateur de Wetashop la société derrière les effets visuels du Seigneur des Anneaux et de King Kong, mais pour autant le film a le mérite de ne pas verser dans le spectaculaire à outrance, la seule grande scène d'action ayant lieu à la fin du film, Cameron ayant clairement privilégié le récit et les personnages. A l'heure où le réchauffement climatique fait plus que jamais parti de la conscience populaire, voir le plus grand budget de l'histoire du cinéma proposer un message totalement écologique et contre l'impérialisme américain est en tout cas une indéniable qualité d'Avatar qui n'est peut être pas assez soulignée et qui confirme l'originalité de ce blockbuster dans cette décennie où les films à grand spectacle ne brillaient guère par leur originalité. Néanmoins, en ce qui concerne la race humaine dans Avatar, les critiques sont souvent plus virulentes et dans un sens plus justifiables.



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