Babylon A.D: une réflexion universelle pour un film conventionnel

Publié le par Leon9000

Vin Diesel. 20th Century Fox

"Si Dieu a crée l'Homme à son image, alors ça doit être un sacré conard"

Porté par un casting international et adapté d'un roman complexe de science fiction, Babylon A.D affichait de grandes ambitions. La présence d'un réalisateur français aux commandes, en la personne de Matthieu Kassovitz, pouvait laisser espérer à un traitement plus ingénieux qu'une grande production Hollywoodienne. Les premières séquences du film rappellent irrésistiblement les Fils de l'Homme d'Alfonso Cuaron dans la présentation d'un monde sombre, ravagé par le désespoir et la pauvreté. Kassovitz y accentue dans son oeuvre l'aspect violent et brutal de l'univers dans une sorte de peinture des banlieues modernes. Mais une fois que l'intrigue prend son envol, l'oeuvre tente alors de mettre en place une réflexion sur la religion et son pouvoir économique ainsi que la science confrontée au mystique. Babylon A.D affiche dés lors un grand potentiel narratif et visuel.

Malheureusement, la complexité du récit est malmenée par un rythme effréné, typique des films d'actions américains. Les différentes péripéties s'enchaînent sans aucun répit et à aucun moment, le film ne prend le temps d'enrichir son propos et d'analyser la profondeur des thèmes abordés. Si la mise en scène de Matthieu Kassovitz fait parfois preuve d'un certain esthétisme et dépeint avec efficacité la violence du monde, elle manque néanmoins de fluidité et rend les scènes d'action souvent illisibles. Un montage ultra dynamique alourdit encore davantage le film et celui ci semble au bout du compte tiraillé entre le film d'action conventionnel et une réflexion universelle sur l'avenir de l'humanité, de telle sorte qu'il ne donne pas vraiment l'impression d'être maîtrisé par son réalisateur.

20th Century Fox

Il est difficile de faire coincider ensemble un portrait d'un avenir obscur et un produit typique Hollywoodien.

La richesse de l'oeuvre aurait pourtant pu être décuplée. A de trop rares reprises, le film révèle le potentiel qu'il porte en lui. Appuyé par une bande son efficace et une prestation des acteurs convaincante, Babylon A.D éveille plusieurs fois l'intérêt mais le film n'a pas l'audace de pousser son concept jusqu'à son paroxysme. Un dénouement expéditif laisse un amer goût d'inachevé et discrédite quelque peu l'ensemble de l'oeuvre. Le potentiel de Babylon A.D l'empêche de tomber totalement dans la médiocrité et lui permet d'assurer un divertissement honorable, mais il est certain qu'avec une audace et une ambition supplémentaires, un grand film de science fiction aurait pu voir le jour.

Alors que Babylon A.D est actuellement plutôt mal accueilli par les critiques, un débat étrange entoure le film. En pleine promotion de son oeuvre, Matthieu Kassovitz lui même a rabaissé son film, accusant la production de la Fox d'avoir freiné sa créativité et d'avoir ainsi transformé son oeuvre en "film violent et stupide digne d'un mauvais épisode de 24h Chrono". S'agit t-il d'une véritable responsabilité de la production qui tenait absolument à livrer un film d'action conventionnel au détriment de l'intelligence de l'oeuvre, ou bien d'une tentative maladroite de Kassovitz d'expliquer son échec en n'ayant pas réussi à exploiter le potentiel du récit? Ces propos expliquent en tout cas le paradoxe désagréable qui se dégage de Babylon A.D et la véritable explication est sans doute un mélange de ses deux versions. Il convient néanmoins de préciser que la version disponible dans les salles françaises est le director's cut du film, enrichi de quinze minutes supplémentaires comparer à la version américaine et où une course poursuite en voiture, jugée rébarbative par Kassovitz, a été supprimée au montage.

Vin Diesel et Mélanie Thierry. 20th Century Fox

Le genre de scènes dont on se serait volontiers passé.



Publié dans Films vus en salles

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