Black Swan: la folie et le génie dansent souvent ensemble

Publié le par Leon9000

Darren Aronofsky serait t-il en train de devenir le Stanley Kubrick de notre génération? Ces films possèdent en tout cas une dimension suffisamment intimiste pour convaincre les critiques et également un impact émotionnel susceptible d'attirer le grand public. Quelque soit la raison, ces oeuvres ne laissent en tout cas personne indifférent de telle sorte que le cinéaste est en train de s'imposer dans un septième art en crise identitaire et créatrice qui se contente trop souvent de la stagnation. Avec ce Black Swan, Aronofsky livre un nouveau récit dramatique dans lequel les thèmes récurrents du cinéaste se retrouvent, la course effrénée et destructrice pour atteindre un rêve et l'oscillation permanente entre la réalité et l'imaginaire. Une oeuvre à nouveau sombre et désespérée, néanmoins le réalisateur a gagné en maturité depuis son excellent mais néanmoins suicidaire Requiem For A Dream et son Black Swan fait preuve de davantage de subtilité que ce soit au niveau de la réalisation ou de la narration.

 

Natalie Portman. Twentieth Century Fox France

 

Il paraît souvent cliché de dire qu'un film repose entièrement sur les épaules de son actrice ou acteur principal mais c'est pourtant d'autant plus le cas dans Black Swan que la mise en scène d'Aronofsky a choisi de ne jamais faire quitter son héroïne du cadre de l'action. Afin de retranscrire la sensation d'enfermement du personnage, la caméra ne lui laissera jamais un instant de répit que ce soit dans les plans rapprochés qui parsèment quotidiennement le film où ses émotions et son déroutement sont au premier plan, ou encore dans les merveilleux plans séquences illustrant ces danses, moments de gloire et de folie. Résultat? Une immersion quasi totale et à la limite du dérangement où le spectateur est placé dans une position de voyeur extrême auprès de la jeune danseuse et de son cheminement progressif vers la folie; chaque doute, chaque émotion transparaît à l'écran, que ce soit face à l'image bienveillante mais autoritaire de sa mère, l'attrait sexuel de sa rivale décomplexée ou la tentation de son mentor, incarné avec brio par Vincent Cassell à la fois charmeur et inquiétant.

Cette approche esthétique permet d'autant plus d'apprécier toute la justesse et l'efficacité du jeu de Nathalie Portman qui trouve enfin le rôle lui permettant d'exprimer tout son talent, l'actrice ayant trop souvent été sous exploitée dans le passé en dépit de sa célébrité. Quant au film, il impose au fur et à mesure une logique implacable au spectateur, la sensation qu'il n'y aura pas de retour salvateur et que ce récit s'achèvera dans le sang telle la grande tragédie qui leur sert de cadre et de bande son (au passage au delà de la reprise attendue du Lac des Cygnes, Clint Mansell livre encore une composition efficace). Et il n'est pas déçu.

Natalie Portman. Twentieth Century Fox France

 

Il en résulte l'un des films les plus bouleversants que les salles obscures aient accueillies depuis longtemps, d'ores et déjà l'un des meilleurs films de l'année et la confirmation que Darren Aronofsky, par son talent, sa créativité et surtout son audace, est un exemple à suivre, pour ses confrères et les générations qui viendront après lui. Une oeuvre aussi belle que désespérée. Tout simplement magnifique.

Vincent Cassel et Darren Aronofsky. Twentieth Century Fox France

Natalie Portman & Vincent Cassel. Twentieth Century Fox France



Publié dans Films vus en salles

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