Cloverfield: au coeur de l'action.

Publié le par Leon9000

La nouvelle production de J.J Abrams, le créateur de Lost, a fait longtemps parler d'elle bien avant sa sortie. La diffusion de la bande annonce de Cloverfield, présentant l'attaque de New York par un élément inconnu sous forme de vidéo de caméra amateur tel le concept de Blair Witch, a fait sensation sur le net et les internautes se sont empressés de récolter le plus d'informations sur ce projet très secret. Bénéficiant d'un budget relativement modeste pour une production Hollywoodienne de ce calibre, Cloverfield n'en reste pas moins une incroyable expérience de cinéma et devrait propulser ce genre terriblement immersif.

Je t'avais dit qu'on aurait dû se rendre!!!


La principale caractéristique de Cloverfield est bien évidemment son choix de mise en scène parfaitement maîtrisé. L'idée d'un film catastrophe n'est guère nouvelle mais celle de le filmer en totalité à travers une caméra amateur est bien plus originale et si efficace qu'il est étonnant que cela n'ait pas été utilisé auparavant. Les bandes annonces ou autres publicités des films parlent souvent d'être au coeur de l'action ou au devant d'une aventure, mais ces termes semblent n'avoir jamais été aussi appropriés que pour Cloverfield. L'immersion est totale et par son concept, l'oeuvre emmène avec une efficacité sidérante l'esprit du spectateur dans un véritable enfer. Mais le concept en lui même n'aurait guère été suffisant, l'ingéniosité avec laquelle il est exploité est également la raison pour laquelle le film est si immersif.

Cloverfield est en effet une oeuvre qui joue majoritairement sur son réalisme très poussé. L'adhésion du spectateur au film n'est pas seulement dû au fait qu'il soit en première place mais grâce à l'illusion qu'un évènement extraordinaire est réellement en train d'arriver dans la vie de tous les jours. La longue séquence d'introduction présentant les personnages dans leur vie ordinaire n'aura pas été inutile. Outre le fait que ces scènes sont particulièrement bien pensées dans l'esprit de recréer une situation de la vie commune, elles permettent une présentation dénuée d'artifice des personnages et de ce fait, le spectateur est beaucoup plus agréablement placé au côté des protagonistes que si l'oeuvre avait directement débuté sur un carnage titanesque. Ainsi, lorsque l'évènement bascule la vie des héros, le spectateur est aussi pris de court qu'eux et rapidement gagné par l'incompréhension et la détresse. Le film est également le reflet d'une certaine mentalité de notre époque puisqu'il use de manière évidente mais néanmoins habile du traumatisme du 11 Septembre.

A cette incroyable immersion, s'ajoute bien entendu l'aspect mystère cher à J.J Abrams. Si celui ci est toutefois beaucoup moins développé que celui de Lost et se révèle au bout du compte peu entouré de brouillard, il ajoute une dimension appréciable à l'oeuvre en renforçant la perte de repères des personnages et l'injustice de leur sort. De plus, les points obscurs du scénario sont tout de même nombreux et le réalisateur compte visiblement sur les recherches minutieuses à travers Internet pour percer le mystère de son film.

Vous vous imaginerez facilement être à la place des personnages.

Au titre des reproches, on précisera néanmoins que l'oeuvre a légèrement tendance à partir dans le spectaculaire vers sa dernière demi heure, atténuant ainsi son caractère plutôt intimiste. De plus, il est regrettable que pour faire voyager les personnages à travers la ville dévastée, les scénaristes n'aient rien trouvé de mieux que la quête de la demoiselle en péril par son beau chevalier servant, un élément qui plombe durant un bon moment le récit. Malgré cela, Cloverfield n'en reste pas moins une expérience extraordinaire; son immersion, son réalisme et l'ingéniosité de sa construction placent cette oeuvre comme un film à ne manquer sans aucun prétexte, et surtout dans les salles obscures où l'aspect immersif y est décuplé.

 L'impact crée par le film doit beaucoup à l'intelligence des créateurs qui auront réussi à percevoir et à exploiter les éléments caractéristiques de notre époque dont la surenchère d'information, le pouvoir d'Internet et le bouleversement brutal de la vie ordinaire. Ce plan suggestif de deux heures n'est également pas sans rappeler les jeux vidéos à la première personne dont Cloverfield reprend quelques caractéristiques. Voici donc un film ancré dans la modernité et qui, espérons le, amènera à d'autres oeuvres usant du même concept.



Publié dans Films vus en salles

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