Les Contes de Terremer: le fils Miyazaki marche là où son père vole mais ses ailes pourraient bien pousser à son tour.

Publié le par Leon9000

Tandis que le père Miyazaki travaille actuellement sur un nouveau projet, voilà que son fils s’essaye lui aussi à la réalisation des studios Ghibli. Une tâche assez ardue dans la mesure où le père du réalisateur a habitué le public à une succession de chefs d’œuvres remarquables et uniques, ce qui avait d’ailleurs fait douter le fils sur l’entreprise d’un tel projet. Goro Miyazaki relève toutefois le défi et signe l’adaptation d’un best seller nommé « les contes de Terremer » traçant le parcours d’un jeune garçon voyageant aux côtés d’un sorcier, le héros fuyant en réalité ses démons intérieurs.  Si bien sûr, comme il fallait s’y attendre, le fils n’est pas encore prêt à prendre la relève du père et ne signe pas le chef d’œuvre qu’aurait pu livrer Hayao Miyazaki, il apporte toutefois une touche de nouveauté aux productions habituelles du studio Ghibli qui laissent prévoir du meilleur pour la suite.

 

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Parmi les qualités innombrables des Miyazaki, l’une des dominantes est sans doute l’univers totalement unique et extraordinaire propre à chacun de ces films qui sont un véritable voyage au sein d’une contrée fabuleuse et apparaissant comme réelle. L’univers des « contes de Terremer » se rapproche davantage de nos propres mythes et légendes, on ressent une forte inspiration des paysages européens et le rapprochement avec des classiques tels que le seigneur des anneaux est facile à faire. De ce fait, l’imaginaire Miyazaki avec ses créatures à l’apparence étrange, ces magies à la fois fabuleuses et inquiétantes, est moins marqué. Ainsi, les contes de Terremer est une œuvre plus classique que d’ordinaire même si elle conserve le style habituel du studio que le réalisateur a choisi de conserver. L’ambiance du film est toutefois plus sombre que d’ordinaire car elle s’attache surtout à la perversion par le mal du héros de l’œuvre, ce qui avait rarement été fait par Miyazaki père, auparavant. Toutefois au niveau des sentiments et de l’intensité émotionnelle, Miyazaki fils fait preuve de la même implication personnelle dans son œuvre que son père et livre des thèmes touchants, parfois différents que ceux traités habituellement par Hayao Miyazaki, mais à l’impact tout aussi fort. Ainsi, le parcours du jeune héros tourmenté par ses démons porte évidemment une touche autobiographique particulièrement dans la déroute du jeune homme sur son avenir, tout comme le fils Miyazaki qui n’est pas encore certain de continuer la réalisation après ce film. Une réplique du film dite par le jeune héros arrivé à une bifurcation résume bien ce propos : « Je ne sais absolument pas quelle direction prendre, mais peu m’importe ». Le film fait donc honneur à la sensibilité quotidienne des productions du studio Ghibli tout en y apportant une touche supplémentaire de recherche dans la psychologie des personnages.

 

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La sincérité de l'auteur et la profondeur des sentiments sont dignes du père Miyazaki et du studio Ghibli.

 

Toutefois, on ressort des contes de Terremer beaucoup moins marqué que dans les films habituels de Miyazaki en général. L’imaginaire du film est moins original et particulier que chez le père Miyazaki, mais également beaucoup moins vaste. L’enchaînement des péripéties est beaucoup moins rapide, le voyage beaucoup moins grand et de ce fait l’aventure n’est guère aussi intense que d’ordinaire. Peut être est ce un choix du réalisateur qui a préférer faire un récit plus intimiste, mais cela a malencontreusement entraîné une baisse brutale du rythme du récit, le film étant beaucoup trop lent et parfois même ennuyeux. La réalisation qui accomplit parfois des prouesses techniques inattendues n’aide pas à accélérer l’intensité de l’histoire, l’adrénaline ne monte pas assez et l’émotion n’est pas assez forte, même si la sincérité de l’auteur et la pureté des propos donnent lieu à des scènes magnifiques. La bande son est assez réussie, notamment grâce à son inspiration irlandaise mais elle n’égale pas celle de l’habituel compositeur des films de Miyazaki père. A noter l'emploi maladroit des chansons dans le film, partant d'un bon principe, mais alourdissant quelque peu le récit. Le doublage VF est remarquable, comme souvent dans les films Miyazaki.

 

 

 

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La réalisation et l'imaginaire de Goro Miyazaki ont beaucoup moins d'impact que chez le père, ce qui n'empêche pas certaines scènes d'être magnifiques.

Les Contes de Terremer ne dépassent certainement pas les œuvres cultes de Miyazaki Père et il est vrai qu’on a forcément une légère déception devant le film tant les studios Ghibli avaient généralement été associées à des chefs d’œuvres. Mais pour un premier essai, le résultat est très prometteur, une plus grande expérience acquise dans la mise en scène permettra sûrement à Goro Miyazaki d’atteindre les sommets sur lesquels son père a depuis longtemps posé le pied. L’engagement du fils dans son œuvre est aussi forte que celle de son père et même si l’imaginaire de Hayao Miyazaki restera peut être pour toujours unique, si son fils acquiert une aussi grande virtuosité dans la réalisation que son père, il pourra sans doute imposer également sa propre conception artistique. Rappelons nous des premières œuvres de Hayao Miyazaki père, tels le château dans le ciel, œuvres sympathiques mais guère resplendissantes face à des chefs d’œuvres ultérieurs tels « Princesse Mononoké », « Le Voyage de Chihiro », « Le château ambulant » etc. etc. Si l’on considère que les contes de Terremer représente l’équivalent du château dans le ciel de Miyazaki père, on ne peut qu’espérer que Goro Miyazaki persévèrera dans cette voie pour qui sait reprendre plus tard le flambeau de son père ou encore mieux s’imposer de lui même comme un auteur unique au talent artistique personnel remarquable.

 

 



Publié dans Films vus en salles

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Yassine 12/04/2007 00:54

MagnifiqueMagnifique l'article, j'aprecis enormement, d'autant plus que je viens de voir ce merveilleux film. moi ki sui un veritable fan de Miyazaki, je commenece a l'etre aussi de Miyazaki fils