A la croisée des mondes, la boussole d'or: une adaptation condamnée d'avance?

Publié le par Leon9000

Il était impossible de ne pas voir ce film avant la fin de l'année. D'une part parce que depuis le Seigneur des Anneaux, voir un blockbuster féerique est presque devenu une tradition de Noël au même titre que la dinde et les cadeaux, et surtout parce que cette oeuvre provient d'une des sagas littéraires les plus audacieuses qui soient, usant habillement de son imaginaire incroyable pour dresser une critique intelligente de la religion et de l'abus du pouvoir. Néanmoins, la complexité d'une telle oeuvre laissait facilement perplexe face à une adaptation, surtout lorsque des films tirés de romans bien plus accessibles tels les Harry Potter subissaient le triste résultat que l'on connaît.

Le nom de Chris Weitz, réalisateur de American Pie pour prendre en charge cette périlleuse adaptation en avait fait rire beaucoup et fait pleurer d'autres. Néanmoins la participation active de Philip Pullman, auteur des livres, au projet, des bandes annonces montrant un aspect visuel fidèle à celui à l'imaginaire des livres et le choix d'acteurs de prestige pour incarner les personnages avait rehaussé l'intérêt autour de l'oeuvre. Néanmoins, le résultat final montre rapidement que le réalisateur est dépassé par la hauteur du défi d'une telle adaptation et qu'il oscille maladroitement entre fidélité envers l'oeuvre originale et films tous publics.

Daniel Craig. Metropolitan FilmExport

Je m'appelle Asriel. Lord Asriel.

Dés le départ, la médiocrité de la mise en scène du film frappe et indigne quelque peu. Certes, il s'agit d'un blockbuster hollywoodien mais pour une oeuvre telle que la croisée des mondes, un minimum d'ingéniosité était de rigueur mais la réalisation montre vite qu'elle s'apparente aux films destinés à un jeune public où les réalisateurs sont rarement des génies de la caméra. Et c'est ainsi que l'exploitation commerciale de la saga se fait déjà sentir. Pourtant la passion du metteur en scène pour cet univers est évidente, l'aspect visuel du film étant d'une fidélité remarquable à l'univers des romans. Néanmoins, l'intrigue dérivera sans cesse entre les propos matures et osés du livre et une tendance à simplifier l'histoire afin de la rendre plus accessible au jeune spectateur. C'est ainsi qu'une grande partie de la maturité, de l'intelligence et aussi de la violence de l'oeuvre originale est sacrifiée afin de livrer finalement un simple récit d'aventure dont les quelques moments d'audace sont malmenés par des situations rendues stéréotypées et finalement assez niaises.


L'originalité de l'oeuvre littéraire souffre également de scènes d'action souvent inutiles dont l'unique but est de dynamiser le récit mais en faisant ainsi rapprocher l'adaptation du film fantastique moyen. Le choix même des acteurs ne s'avère finalement guère ingénieux. Si leur interprétation reste très fidèle aux protagonistes du livre, leur popularité fait que leur image efface quelque peu celle de leurs personnages (difficile de ne pas penser à James Bond quand on voit Daniel Craig sans barbe). La musique bien qu'elle ne soit pas catastrophique n'est guère extraordinaire, et c'est très loin d'être un détail quand on sait l'importance que joue la bande sonore dans le Seigneur des Anneaux ou le Monde de Narnia.

Dakota Blue Richards et Nicole Kidman. Metropolitan FilmExport

Malgré une fidélité remarquable du film sur le plan visuel, la mise en scène médiocre et la simplification de l'intrigue nuisent au charme de l'oeuvre.


Ainsi, au delà du plan visuel très soigné, la croisée des mondes accumule les maladresses propres à l'industrie hollywoodienne. Une oeuvre d'une telle intelligence avait droit à mieux qu'une adaptation si basique sur grand écran, certes fidèle mais manquant cruellement d'intensité. Le choix de plaire au plus large public atteint son ultime sommet avec la suppression pure et simple des deux derniers chapitres du livre qui s'achevait justement sur une note étonnamment dramatique. Le premier roman était pourtant le plus aisé à adapter et de ce fait également le moins intéressant des livres de la trilogie, alors que peut t-on attendre de la suite?

Si l'engouement crée par cet univers et l'enthousiasme des acteurs parviennent à surpasser la médiocrité de la réalisation et la simplification enfantine de l'ensemble afin de proposer un divertissement acceptable, il est certain que la maturité accrue des deux autres livres et leur complexité poussée à son paroxysme empêcheront un traitement similaire à celui du premier film, à moins de tomber définitivement dans la facilité et le ridicule. Il est toujours agréable de retrouver en images l'univers d'un roman captivant mais si la toile de fond s'en retrouve amoindrie, l'intérêt d'une telle adaptation se révèle plus que douteux.

PS: ceci est probablement le dernier article sur un film de l'année 2007. Préparez le champagne, une nouvelle année va bientôt commencer! 



Publié dans Films vus en salles

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