Dark Knight: Gotham, l'antre de la folie

Publié le par Leon9000

Le chevalier noir est de retour! Alors que Batman Begins avait obtenu un accueil mitigé, sa suite Dark Knight est accompagnée d'une véritable tempête médiatique. Porté par une publicité impressionnante, plébiscité par les critiques et le public, couronné d'un succès foudroyant au box office américain, cette nouvelle adaptation de Christopher Nolan est précédée d'une sacrée réputation. Devant de telles acclamations, il était possible d'en attendre trop et que la déception soit au rendez vous. Pourtant le jugement final est incontestable: il s'agit bien de la meilleure aventure de Batman au cinéma.

Christian Bale. Warner Bros.

Mettons un sourire sur ce visage!


Indéniablement supérieur à Batman Begins, Dark Knight se situe pourtant dans la continuité de son prédécesseur. Épaulé par une photographie magnifique, Christopher Nolan dépeint à travers son oeuvre une cité de Gotham sombre, violente, mature et réaliste. Un style affirmé pour lequel le cinéaste avait reçu les louanges de certains et les réprimandes d'autres, regrettant l'ambiance fantastique et gothique des films de Tim Burton. Mais avec le recul, le concept de Batman Begins, qui racontait les origines du chevalier noir, avait quelque peu alourdi le film. En effet, l'idée de départ, à savoir présenter la genèse d'un mythe que tout le monde connaît déjà, est devenu très à la mode depuis Starwars Episode 1 et Christopher Nolan, obligé de se limiter aux premiers pas de Batman, avait été entravé dans ses possibilités créatrices. Avec Dark Knight, le réalisateur pénètre réellement de plein pied dans l'univers de Gotham et affiche une ambition et une audace surprenantes, en explorant avec ingéniosité et profondeur le mythe du chevalier noir.

Christopher Nolan se focalise ici sur la réflexion soulevée par l'icône de Batman: la capacité d'un homme à incarner un héros face à la cruauté du monde. Alors que Batman Begins dévoilait Bruce Wayne se servant de sa propre peur, symbolisée par la chauve souris, contre ceux qui instaurent la peur, Dark Knight le présente pris au piège par ses propres principes. Il se retrouve confronté à un ennemi contre lequel la peur est sans effet et qui ne connaît aucune limite: le Joker qui incarne depuis toujours l'adversaire éternel du Batman. Les criminels, poussés à bout par la résistance acharnée de Batman et de la police, se tournent vers leur dernier espoir: un individu qui outrepasse toutes les règles. Le seul principe auquel s'applique Batman, à savoir ne jamais tuer un criminel, se retourne alors contre lui, le Joker ne connaissant aucune restriction. En ayant mené une bataille acharnée contre le crime, le chevalier noir provoque ainsi une réponse démesurée à son action en la personne du Joker qui n'aurait jamais pu s'élever sans l'aide involontaire du justicier de Gotham.

C'est ainsi qu'apparaît le premier coup de génie de Nolan. Alors que le comics original dévoilait Batman faisant chuter le Joker dans un lac d'acide, provoquant sa défiguration en lui donnant un masque qu'il ne pourrait jamais enlever, Dark Knight présente le Joker comme la conséquence psychologique de la lutte de Batman. Dans les deux cas, le Joker est la création involontaire du justicier de Gotham, mais la vision de Dark Knight est plus terrifiante car elle discrédite le combat mené par le chevalier noir. En ayant provoqué un chaos plus grand que celui qu'il combattait, Batman voit ainsi remis en cause les fondements de sa lutte et la pertinence de son existence. Dans une scène d'interrogatoire, qui constitue l'apothéose du film, Batman apparaît aux yeux de tous, entouré de lumière, face à un Joker hilare mettant en évidence la faiblesse du justicier et son incapacité à l'arrêter en raison de ses principes. Face au chevalier noir, le Joker lui aussi fait tomber le masque: son maquillage s'efface, révélant que derrière le visage monstrueux, il y a bien la peau d'un homme. Le Joker apparaît ainsi plus effrayant que le personnage de la bande dessinée, Christopher Nolan y présente simplement un homme qui a dépassé les limites et laissé libre cours à sa sauvagerie, une sauvagerie qu'il tente de contaminer dans les rues de Gotham. A plusieurs reprises, le Joker insiste sur sa proximité avec l'individu normal et tente de démontrer que les hommes peuvent faire preuve de la même folie, une fois confrontés à l'anarchie et le chaos.

Depuis toujours, Batman et le Joker sont indissociables, le réalisateur l'a parfaitement compris et son travail a mis en valeur l'ambiguïté du lien psychologique entre les deux personnages, les contradictions et les paradoxes qu'il en découle parsèment l'intrigue de Dark Knight, enrichissent son récit et placent l'oeuvre bien au dessus des précédentes adaptations du sombre justicier. Le dénouement du film constitue à ce propos un hommage magistral au combat éternel que se mènent les deux icônes de Gotham.

Heath Ledger. Warner Bros.

Nous pourrions nous combattre jusqu'à la nuit des temps!


Même si le Joker trône au sommet de ce tableau du chaos et de la terreur, il convient de ne pas oublier un autre protagoniste important de l'intrigue: Harvey Dent. Ce personnage mythique du comics devient sous la réalisation de Nolan l'incarnation des messages véhiculés par le film. Il représente le héros dont la ville a besoin, ce qui lui confère son surnom de chevalier blanc, en opposition avec Batman, présenté dés le titre du film comme un chevalier noir, et qui incarne le héros que la ville mérite. Alors que ses concitoyens sont tentés de se laisser envahir par la peur, Harvey Dent incarne l'espoir quand Batman incarne la terreur, mais cet espoir sera lui aussi souillé par la folie qui se répand dans les rues. La transformation physique du personnage sera suivie d'une transformation mentale lorsqu'il franchira l'interdit suprême auquel s'est soumis Batman: le meurtre. Le concept même du personnage original dans la bande dessinée, à savoir la double personnalité, représente à merveille le paradoxe du film de Nolan, avec ses personnages tiraillés entre l'espoir et l'abandon.

Ses divers éléments apportent une évolution considérable à l'intrigue et Batman est rarement apparu sous un jour aussi subtil, aussi profond. L'intelligence du récit est magnifiquement servie par la mise en scène de Christopher Nolan bien plus à l'aise pour dépeindre la noirceur et la folie que pour filmer des scènes d'actions spectaculaires. Le casting prestigieux de ce film n'est également pas étranger à la réussite de l'oeuvre, jamais un film de super héros n'a été doté d'une si belle distribution d'acteurs. Le plus que jamais regretté Heath Ledger domine bien sûr le film, sa performance à la fois excentrique et subtile plongeant le film dans la démesure et la démence. Face à lui, Batman est superbement incarné par Christian Bale dont le charisme noir met en valeur le style du réalisateur, tandis qu'Aaron Eckhart confère à son personnage d'Harvey Dent toute son ambiguïté. Il convient également de citer la présence de Michael Caine, Gary Oldman et Morgan Freeman (malgré le départ de Katie Holmes, la prestation de Maggie Gyllenhaal ne rentrera guère dans les annales) tandis que les amateurs de séries télé reconnaîtront également la présence de quelques invités de Prison Break ou Dead Zone.

L'audace inattendue de Christopher Nolan, son talent indéniable pour accentuer la noirceur de l'univers de Gotham, l'exploitation intelligence et ingénieuse du mythe original font de Dark Knight la meilleure incarnation de Batman au cinéma. Néanmoins, peut t-on pousser davantage l'éloge et qualifier le film de chef d'oeuvre? En cela, quelques doutes sont permis puisque le film reprend également quelques défauts déjà vus dans Batman Begins. Premièrement, le film doit son principal intérêt à son scénario tortueux brillamment mis en valeur par la caméra de Nolan, mais ainsi, les scènes d'action du film apparaissent parfois rébarbatives. Tout comme dans Batman Begins, la réalisation de Nolan n'insuffle pas beaucoup de dynamisme et d'intensité aux affrontements et ceux ci apparaissent souvent peu crédibles (particulièrement les combats au corps à corps où la mobilité de Batman semble bien réduite, à tel point qu'on se demande pourquoi personne ne lui tire dessus). Mais le principal défaut du film consiste principalement en de nombreuses répliques médiocres, disséminées dans le récit, et qui tentent maladroitement d'apporter de l'humour inutile au film mais le rendent plutôt ridicule. Il s'agit d'un élément d'autant plus gênant au regard de l'intelligence du récit de manière générale. Au chapitre des regrets, il était possible d'espérer une musique plus surprenante. Avec la présence de deux grands compositeurs sur le film, Hans Zimmer et James Newton Howard, la musique accompagne efficacement le récit mais ne se révèle guère mémorable, en répétant de surcroît plusieurs thèmes durant le film.

Heath Ledger. Warner Bros.

Tu veux savoir d'où me viennent ces cicatrices?


L'attente interminable autour de Dark Knight n'aura pas été vaine. De part sa richesse, sa complexité et son audace, cette nouvelle adaptation de Batman se dresse au sommet des aventures cinématographiques du justicier de Gotham, et figure au panthéon des adaptations de super héros. Quelques écarts de blockbuster hollywoodien l'empêcheront peut être d'atteindre le rang de chef d'oeuvre mais il est indéniable que Batman a rarement paru aussi mature et humain, aussi ténébreux et fascinant.



Publié dans Films vus en salles

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