Harry Potter et l'ordre du phénix: des phrases sur du papier sont parfois plus émouvantes que des images.

Publié le par Leon9000

Il avait été normalement prévu de réaliser un Dossier Harry Potter à l’occasion de la sortie du cinquième film mais compte tenu de l’arrêt du Blog pendant le mois dernier, le dit Dossier sera réalisé à l’occasion de la sortie française du dernier volume de la saga, ce qui au bout du compte est bien mieux comme ça. Car on ne le répètera jamais assez mais les films Harry Potter ne sont vraiment qu’une représentation médiocre et souvent très conventionnelle d’une saga littéraire d’une grande richesse émotionnelle et d’un profond envoûtement. Et ce n’est pas l’ordre du phénix, nouvelle adaptation de la saga qui fera dire le contraire. Sans être le plus mauvais film de la série (la palme étant sans doute réservée à « La Chambre des Secrets » de Colombus) , cette adaptation montre pourtant à elle seule toutes les raisons qui ont fait que depuis le début Harry Potter n’a jamais brillé au cinéma. Aussi, cet article montrera pourquoi en dépit de qualités cinématographiques certaines, ce film est un désastre en terme d’adaptation littéraire.

Daniel Radcliffe. Warner Bros.

Ah bon, je joue dans Harry Potter? Pardon je ne savais pas.

Il vient d’être dit qu’Harry Potter n’avait jamais brillé sur grand écran. C’est exact mais on pourra tout de même noter que Mike Newell avait réussi à redresser le niveau avec la coupe de feu après qu’Alfonso Cuaron ait tirer la série du gouffre dans le Prisonnier d’Askaban. Si il était encore très loin d’être question d’une adaptation à la hauteur du livre, on sentait tout de même un certain regain d’ambition dans la production qui aurait pu laisser présager un avenir meilleur pour la série. Tandis que les rumeurs des réalisateurs les plus réputés pour la réalisation de l’ordre du phénix se faisaient entendre, ce fut finalement David Yates réalisateur venu de la télévision qui fut choisi. Cela ne donna pas beaucoup de repères pour savoir à quoi s’attendre avec ce prochain Harry Potter d’autant que l’inquiétude sur la qualité de l’adaptation avait de bonnes raisons d’être grande. En effet, l’ordre du phénix est sans aucun doute le volume le plus abouti de la série privilégiant grandement le plan affectif pour un résultat quasiment anti conventionnel. Or, vu la politique ultra commerciale de Warner Bros autour de Harry Potter, un massacre mercantile du livre était fortement probable. Aussi, c’est avec beaucoup d’appréhension que le film sort, une appréhension sans doute exagérée mais qui au bout du compte fut très loin d’être dénuée de fondement.

 

Le film commence. Le traditionnel logo Warner Bros apparaît. Première chose que l’on remarque : la musique est de meilleure qualité que dans le précédent opus. Le grand John Williams avait quitter la série après le Prisonnier d’Askaban, et Patrick Doyle avait livrer une BO peu convaincante dans la coupe de feu mais le nouveau compositeur pour l’ordre du phénix a vraiment fait du bon travail. Les premières images du film apparaissent. On remarque très vite le travail des plans du cinéaste, assurément David Yates n’est pas un amateur. Cette impression se renforcera pendant tout le film: sur le simple plan de la mise en scène, Yates est sans doute le meilleur réalisateur de la série avec Alfonso Cuaron. Le scénario semble à priori fidèle à celui du livre, et il le sera : les répliques du film sont quasiment toutes celles du livre et le scénario ne se permet pas vraiment d’écart important sur le simple plan de l’intrigue. Et pourtant, dés le début quelque chose ne va pas. Une impression étrange et désagréable parcourt ses premières scènes. Elle aura finalement un nom cette impression : froideur. Les scènes d’introduction du film laissent totalement de marbre : on ne ressent strictement rien. Et voilà, où déjà l’échec du film se découvre, car là où le livre original nous dressait un portait étonnant du jeune sorcier devenu un adolescent paumé et au mal de vivre, le film laisse une impression d’indifférence. Un sentiment presque gênant pour celui qui se souvient  avoir été marqué par cette introduction surprenante du livre. Alors, pourquoi un tel résultat ?

 

La première raison dominante que l’on peut citer est que si le film est fidèle sur le plan des faits retranscrits du livre, le traitement de l’histoire est catastrophique à bien des niveaux. Tout d’abord par sa description extrêmement hâtive des évènements du livre. Pour retranscrire la tristesse et la mélancolie de Harry Potter au début du livre, David Yates se contente uniquement de quelques plans solitaires du personnage. Ce n’est ni très recherché du point de vue psychologique et ni suffisant pour créer une ambiance. Mais non plutôt que réaliser un vrai film intimiste, David Yates privilégie plutôt la forme d’un thriller conventionnel. Car le traitement de l’intrigue est lui même bien trop simplifié et beaucoup trop conventionnel. Toute la sincérité et la profondeur du propos de J.K.Rowling sont passées à la fenêtre au profit d’un message simpliste voir niais. La portée dramatique et émotionnelle de l’ordre du phénix est partie en fumée pour un résultat neutre destiné à un large public. Ce qui faisait la force du livre a été tout bonnement rejetée et ainsi on se retrouve avec un film qui ne va pas au bout de son propos, qui se limite à un caractère très neutre.

Daniel Radcliffe. Warner Bros.

Froideur et indifférence: il faut parfois se rappeller qu'on est devant Harry Potter.

 

 

Une autre raison majeure de ce manque d’implication du spectateur dans le film a un nom : Daniel Radcliffe. Jusqu’ici la performance de l’acteur pour Harry Potter avait été des plus médiocres mais elle devient tout simplement lamentable dans ce film. Et c’est un énorme handicap pour l’œuvre car les livres Harry Potter sont à la fois tout un univers et un seul personnage et le tournant opéré par l’ordre du phénix comprend en premier lieu le changement au sein du personnage principal. Aussi, le livre est  elui où la personnalité de Harry Potter prend la plus grande importance, et il était nécessaire que Daniel Radcliffe soit à la hauteur de son personnage pour que le film puisse fonctionner.

 

Et bien autant dire que si l’acteur est bon pour se pavaner à Hollywood, il ne donne rien face à la caméra. Son interprétation est à l’image du traitement du film : fade et sans envergure. L’acteur ne se lâche jamais, ne fait jamais exploser un personnage pourtant extrêmement désorienté à l’origine. Aussi, dés les premières minutes du film, on pressent l’échec et il ne fera que se confirmer tout le long de l’adaptation. L’intrigue fourmillait pourtant de séquences de grande intensité mais tandis qu’elles étaient poignantes dans le livre, elles laisseront toujours désagréablement indifférentes. On espère pourtant qu’il y en aura bien une qui marquera les esprits, que Radcliffe se donnera enfin à fond, qu’il y aura le minimum de ce qu’on était en droit d’attendre venant d’une adaptation d’un livre chargé d’émotion : de l’émotion. Mais en vain. Et lorsque le dénouement arrive, on ne peut qu’être consterné par le traitement de l’œuvre, alors que le final aurait du être un paroxysme d’intensité, il n’est surtout qu’une ultime preuve aberrante que tout ce qui faisait la force des séquences finales du livre, et même son esprit d’aventure et de spectaculaire, a été comme balayé au point qu’on se demande si le réalisateur ne voulait pas obtenir un résultat moins percutant que ce qu’il aurait facilement pu avoir. On aurait voulu une œuvre dramatique, intimiste et émotionnelle, David Yates aura livrer un film froid manquant cruellement d’humanisme et tendant vers la simplicité.

Ralph Fiennes. Warner Bros.

Même le duel final laisse indifférent tant l'ensemble est traité hativement voir baclé.

 

Et pourtant quel gâchis quand on voit la qualité de la mise en scène, de la musique et des décors. Et si le jeu des acteurs principaux, Radcliffe en tête, manque énormément de conviction et d’implication (Rupert Grint s’est amélioré depuis ses débuts chaotiques mais Watson joue tellement faux qu’elle est peut être pire que Radcliffe) , le reste du casting est pourtant superbe :  Imelda Staunton est parfaite en Dolores Ombrage, et que dire des Gary Oldman, Maggie Smith, Alan Rickman, David Thewlis ou Jason Isaacs qui reprennent parfaitement leurs rôles ( Evanna Lynch est aussi excellente en Luna Lovegood) . Mais le fait est là, cette débauche de moyens et de talents ne suffit pas quand il manque l’humanité et l’âme qui étaient indispensables à cette adaptation de l’ordre du phénix. Peut t-on parler de déception toutefois dans la mesure où cet échec était largement prévisible ? Il aurait été en effet très crédule d’attendre des sommets de ce film compte tenu du parcours cinématographique peu glorieux de Harry Potter. Mais l’ordre du phénix tient une place tellement à part dans la saga que ce nouvel échec est peut être le plus difficile à encaisser de tous, même si le film n’est objectivement pas le plus mauvais de la série. Au moins, si quelques espoirs subsistaient encore dans un avenir meilleur pour la saga sur grand écran, cette cinquième adaptation de Harry Potter aura fini par les faire taire. On raconte que David Yates reprendrait les commandes pour le sixième tome, très semblable au cinquième dans son esprit et sa construction. Autant dire qu’il ne sert plus à rien d’attendre les films Harry Potter, laissons les venir et il faudra serrer les dents en les voyant car malgré tout, on ne pourra pas s’empêcher d’avoir un pincement au cœur en voyant une si grande saga littéraire être bâclée à ce point par l’industrie hollywoodienne. 

Imelda Staunton. Warner Bros.

Dolores Ombrage: peut être meilleure réussite du film en terme d'adaptation.

 

Cela n’empêchera pas toutefois d’attendre le septième livre de Harry Potter avec grande impatience pour connaître enfin le dénouement de cette saga qui aura marquée son empreinte dans l’histoire. Au passage, il est vrai que par expérience l’on peut comprendre le sens général des livres en les lisant en VO avec une connaissance correcte de l’anglais, toutefois entre comprendre le sens général et profiter pleinement du livre, il y a une grande marge qu’une lecture du livre en version française met en évidence. S’il est vrai que la tentation de lire tout de suite afin de ne pas être spoiler par la surinformation qui accompagne chaque sortie d’un Harry Potter est très forte et compréhensible, ne pas découvrir pleinement le livre en lui même est regrettable car c’est le genre d’œuvre littéraire que l’on ne découvre pas deux fois dans sa vie et mieux vaut en profiter pleinement plutôt que se gâcher un peu le plaisir. Après tout, on ne trouve pas beaucoup d’œuvres littéraires ou d’œuvres de manière générale sur lesquels auront circulés tant d’attentes et tant de spéculations, alors mieux vaut en profiter pleinement et être encore un peu patient quitte à devoir éviter les journaux et sites internet qui se feront certainement un grand plaisir de révéler la fin de l’œuvre comme cela avait déjà été le cas auparavant.  Sortie de la version française de Harry Potter et les Reliques de la Mort (dire que c’est le dernier, diantre ça fait vraiment bizarre) le 26 Octobre alors d’ici là soyez patients et courageux avant de lire l’ultime voyage dans le Poudlard Express, l’ultime cours de défense contre les forces du mal, l’ultime partie de Quidditch…enfin bref, l’ultime volume de Harry Potter.

Publié dans Films vus en salles

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clem_67 25/07/2007 19:54

Sans te manquer de respect, il y a une chose que tu oublies à propos de lire le livre en francais et lire le livre en anglais ! C'est que trop souvent la traduction veut être TROP VITE faite et est souvent baclée. Ton blog est magnifique et tu mets de bonnes critique sur les films. Bonne continuation !

Darky 25/07/2007 12:10

en voilà un qui a pas du lire l'article lol

oumaima 25/07/2007 02:42

plz danielsalut je m'appelle oumaima j'ai bien aimer le 5 film d'harry potter c tres genial ben j'aimerais bien avoir le msn de daniel si il a je passe un tres bizz a ronne , emma et bien sur a daniel bay

Herm3s 23/07/2007 19:43

Etrange article... bien écrit mais au propos trop influencé par l'addiction au phénomène "HP". Pour moi, la saga se dégrade que ce soit en livre ou en film, à partir du quatrième volet. Le héros, extrêmement passif par rapport à ses camarades ne connaît plus l'évolution émotionnelle des 3 premiers et devient même antipathique. Des incohérences aussi: la mort de Dumbledore est assez ridicule et sans logique compte tenu des pouvoirs qu'on lui suppose. La saga ne fait pas varier les acteurs mais les réalisateurs: Colombus a fait pour moi le meilleur travail sur la série, certes un peu indigeste, mais il garde la cohérence du livre. Sans doute la pression liée à la trop grande réussite de cette saga aura gâché sa fin, christique à souhait dans une opposition sans nuance entre le bien et le mal. Lisez plutôt le seigneur des anneaux.

palilia 22/07/2007 23:04

HARRY POTTER ET LES RELIQUES DE LA MORTJe viens de le lire et c'est bien que ça se termine. Je ne veux rien dévoiler de l'histoire. Pour le film sur l'ordre du Phénix, je n'ai pas trouvé effectivement cet isolement et cette tristesse qu'il y avait dans le livre. Mais beaucoup de gens regardent les films sans vouloir lire les livres, alors chacun y trouve son compte. Mais il est vrai que je suis restée sur ma faim pour le dernier film .