Le Labyrinthe de Pan: la vie n'est pas un conte de fées

Publié le par Leon9000

Doug Jones. Wild Bunch Distribution

Voilà une créature bien dérangeante...

Le Labyrinthe de Pan est incontestablement l'oeuvre la plus personnelle de Guillermo Del Toro, le réalisateur mexicain mettant en scène une vision morbide et macabre d'Alice au Pays des Merveilles de Lewis Carroll. Dans une Espagne déchirée par le fascisme de Franco, une jeune fille fait la rencontre d'une étrange créature lui soumettant trois épreuves afin qu'elle prouve son statut de princesse du monde des abîmes. La jeune enfant est alors plongée dans un monde obscur et inquiétant la faisant confronter inconsciemment à la tentation et à l'éveil de sa sexualité. L'atmosphère de ce sombre voyage initiatique est absolument fascinante. S'il est regrettable d'avoir parfois affaire à des images de synthèse de qualité médiocre, les décors et les maquillages des créatures bénéficient d'un travail exemplaire de même que la photographique du film qui dépeint admirablement toute l'ambiguïté et le sentiment d'angoisse qui se dégagent de cet univers. Néanmoins parallèlement à cette exploration d'un monde fantastique et macabre, le Labyrinthe de Pan s'intéresse également en grande partie à la vision des ravages du fascisme dans le monde réel. En effet plus de la moitié du film est consacré à la lutte du Capitaine Vidal face à la résistance rebelle, ce personnage interprété par Sergi Lopez incarnant toutes les dérives du fascisme et constituant le véritable monstre de l’histoire aux yeux du réalisateur. C'est ainsi que le film alterne de manière brusque et désagréable entre les voyages étranges de la jeune héroïne et les séquences dépeignant l'Espagne bien réelle des années 40, provoquant ainsi un sentiment d'agacement régulier pour le spectateur qui préférerait souvent rester dans la découverture de ce fantastique malsain plutôt que de retourner à un cadre d'action beaucoup plus classique.

 

Néanmoins si cette brusque interruption entre la réalité et l'imaginaire pourrait apparaître comme un défaut du film, Guillermo Del Toro retourne cet élément à son avantage en jouant perpétuellement sur la réalité des voyages de la jeune fille. Ainsi le Labyrinthe de Pan met en place tout le long du récit des éléments permettant de douter de la réalité des créatures rencontrées par l'enfant et laisse à maintes reprises penser que cet univers imaginaire est intégralement imaginée par l'héroïne dont l'inconscient retranscrit de manière métaphorique ses craintes vis à vis du monde cruel qui l'entoure et de sa propre évolution physique et mentale. Le film se place ainsi dans la continuité de l'Alice au Pays des Merveilles de Lewis Caroll où la jeune héroïne était également plongée dans un univers où les peurs vis à vis du cheminement vers l'âge adulte étaient représentées de manière symbolique, le conte laissant de surcroît penser que ses péripéties fantastiques avaient lieu durant le rêve d'Alice.  Dans la même logique, le Labyrinthe de Pan permet au spectateur de penser que la jeune fille est en proie à un rêve éveillé évoluant au fur et à mesure de sa folie mais dans le même temps, le film laisse également la possibilité de croire que cet univers imaginaire est tout à fait réel et qu’il constituerait alors un échappatoire bienvenue à la sombre réalité quotidienne de l’enfant. La frontière entre le réel et l’imaginaire est ainsi beaucoup plus ambiguë que dans le Secret de Terabithia et jusqu’au dénouement bouleversant du récit, le Labyrinthe de Pan laisse place à la propre perception du spectateur afin qu’il adopte tel ou tel point de vue sur le récit.

N'as tu jamais ces rêves qui ont l'air si prés de la réalité? Si tu étais prisonnier de l'un de ses rêves, comment ferais tu pour faire la différence entre le rêve et le monde réel?

Malgré toute la frustration due à l’alternance brutale entre l’imaginaire et le réel, ce procédé confère toute son ingéniosité au Labyrinthe de Pan qui fait grandement appel au propre regard du spectateur. Ainsi au delà du sentiment de gêne qui parsème le film, le Labyrinthe de Pan est une œuvre indéniablement riche et complexe. A travers une exploration intelligente et subtile de la frontière entre les rêves et la réalité, le film dépeint à la fois la cruauté d’une époque et la fascination pour l’imaginaire en tant que redécouverte du réel même sous une forme morbide. Cette œuvre, récompensée à juste titre aux oscars pour sa beauté visuelle, permit également à Guillermo Del Toro d’acquérir une solide réputation internationale. Après avoir utilisé l’esthétique du Labyrinthe de Pan dans Hellboy 2, il serait intéressant de voir comment le cinéaste pourrait appliquer ce style visuel audacieux à l’adaptation très attendue de Bilbo le Hobbit.

 



Publié dans Films du jour

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article