Micmacs à tire-larigots: Jeunet ne change pas une recette qui marche...

Publié le par Leon9000

Dominique Pinon, Dany Boon et Jean-Pierre Marielle. Warner Bros France - Bruno Calvo

Parmi ces trois comédiens, lequel est l'acteur fétiche de Jean Pierre Jeunet? Indice: ce n'est pas Dany Boon.


Parce qu’il est l’un des rares réalisateurs français au style reconnaissable entre milles et pour lequel cinéma rime avec imagination et originalité, chaque nouveau film de Jean Pierre Jeunet est attendu au tournant par les cinéphiles. Pour celui-ci, l’attente aura d’ailleurs été particulièrement longue. En quête d’une nouvelle source d’inspiration, Jeunet aura mis beaucoup de temps à revenir sur le devant de la scène, refusant la direction d’un Harry Potter par crainte de manque de liberté artistique, se faisant voler l’adaptation de Lovely Bones par Peter Jackson pour finalement mettre en scène Micmacs à tire-larigot, œuvre dans laquelle le cinéaste ne bouscule en rien ses codes et offre le spectacle rafraichissant auquel il nous a habitués. Si la toile de fond du récit dépeignant les impacts du trafic d’armes fait écho à une triste réalité, la gravité du propos est contrebalancée par la légèreté du traitement. Des personnages à la fois tendres et mélancoliques, beaucoup d’humour et de bonne humeur, une imagination sans pareille pour mettre en scène des pièges ingénieux et autres mécaniques amenant les gags, tous les éléments qui ont fait la réputation de Jeunet sont présents dans cette nouvelle œuvre, encore un peu et le spectateur se serait presque cru revenu dans Amélie Poulain.

Du point de vue visuel, le départ de son directeur de la photographie pour Harry Potter n’empêche pas Jeunet d’employer un style également très semblable à ces dernières œuvres. Il sera ainsi possible de déplorer un manque d’audace dans ce nouveau film mais les mécanismes de Jean Pierre Jeunet n’appartiennent qu’à lui et il est toujours agréable de les voir mis en scène avec les effets autant positifs que négatifs (plusieurs individus pourront toujours reprocher une certaine tendance à la naïveté voir au ridicule, défauts également récurrents chez le cinéaste). Il faut néanmoins avouer que la légèreté et l’humour omniprésent du film conviennent beaucoup mieux au style du réalisateur que la noirceur et l’amertume d’un Long Dimanche de Fiançailles qui, bien que démontrant une ambition louable du cinéaste, avait clairement tendance à devenir ennuyeux. La crainte du choix de Dany Boon comme acteur principal pour surfer sur le succès de Bienvenue chez les chtis est de son côté rapidement dissipée tant l’acteur semble en parfaite adéquation avec le caractère du personnage.


Dany Boon et Jean-Pierre Marielle. Warner Bros France - Bruno Calvo

Les meilleurs refuges se trouvent parfois dans les endroits les plus innatendus.


Jean Pierre Jeunet l’a lui-même avoué : son prochain film devrait apporter du changement et une nouvelle inspiration dans sa filmographique. Si Micmacs à tire-larigots exploite efficacement les recettes du cinéaste, il n’est pas difficile de penser qu’une autre œuvre de ce type serait rébarbative. Sans marquer une grande évolution dans la carrière du réalisateur, ce dernier film demeure néanmoins une preuve indéniable du talent de Jeunet pour livrer un récit parsemé de tendresse et de poésie dans lequel même les individus qui ont tout perdu peuvent reprendre gout à la vie par leur solidarité. Et puis franchement, voir autant d’imagination, de maitrise et de perfectionnement dans un film français est un évènement suffisamment rare pour qu’il mérite qu’on ne le manque pas ! Amis cinéphiles, Hollywood n’est pas forcément la réponse à tous les rêves des cinéastes français, Jean Pierre Jeunet nous le rappelle ici une fois de plus.

Michel Crémadès, Dany Boon et Julie Ferrier. Warner Bros France - Bruno Calvo



Publié dans Films vus en salles

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