Le Parrain troisième partie: A trilogie grandiose, dénouement grandiose

Publié le par Leon9000

Si le Parrain est réputé, à juste titre, pour être l'un des plus grands chefs d'oeuvres du cinéma américain, le dernier chapitre de cette saga est entouré d'une réputation moins honorable. Sorti plus d'une quinzaine d'années après le second volet, le Parrain III fut largement décrié à sa sortie, à tel point que le film est depuis largement assimilé à l'exemple type de la suite de trop. Une mauvaise réputation qui se poursuit encore aujourd'hui où l'oeuvre est régulièrement citée comme le chapitre inutile réalisé pour des raisons commerciales. Il est vrai que le réalisateur Francis Ford Coppola était à l'époque en difficultés financières après maintes productions audacieuses, et avec toute la demande exercée pour un troisième volet du Parrain, le cinéaste s'attela donc à la réalisation d'un troisième film. Avec une telle réputation, il est donc difficile de ne pas visionner ce dénouement de la trilogie sans une certaine appréhension. Pourtant dés que le commencement du film, les craintes s'estompent bien vite et force est de constater que cette réputation exécrable est totalement injustifiée. Bien au contraire, le Parrain III s'impose comme une magistrale conclusion à une saga d'anthologie et dans la parfaite continuité des premiers films livre une conclusion poignante et dramatique sur le cycle infernal de la violence.

Quelle famille...


Des dizaines d'années se sont écoulées depuis les évènements du Parrain II. Après l'ascension de Michael Corleone dans le premier film et la cruauté exacerbée dont il fit preuve pour conserver son pouvoir dans le Parrain II, Francis Ford Coppola nous livre une vision du Godfather au sommet de sa gloire mais finissant par lentement sombrer vers la chute. De plus en plus démuni et dépassé, le Parrain doit également affronter ses propres remords. En proie aux regrets, il se lance dans une quête désespérée de la rédemption qui se heurte à l'implacable cruauté du monde. Telle est la grande force de cette troisième partie du Parrain: sa tension dramatique autour du héros s'étant enfermé dans une spirale sanglante dont on ne peut échapper malgré tous les efforts désespérés. Incarné par un Al Pacino au sommet de son art, Michael Corleone comprend vite que le piège s'est refermé sur lui car après avoir oeuvré dans le meurtre pour aider son père (alors qu'il souhaitait être éloigné des affaires de sa famille) puis pour protéger les siens, le voici à présent prisonnier du système dont il est l'un des souverains. Son successeur s'imposera alors légitimement comme celui qui ne craint pas cette violence mais souhaite y participer. Le principal conseil qu'il prodiguera à son jeune héritier, campé par l'excellent Andy Garcia, sera le détachement affectif de son entourage car les êtres aimés sont toujours les premières victimes. Corleone oubliera malheureusement d'appliquer ce précepte à lui même entraînant ainsi un dénouement incroyablement poignant aux allures de tragédies antiques.


A cette tension dramatique, plus intense que dans les deux premiers films, s'ajoutent les qualités indissociables de la trilogie du Parrain: le mélange de dégoût et d'attachement éprouvé envers les héros semant la mort autour d'eux mais protégeant avec une ardeur folle leur famille, l'incroyable richesse narrative du film avec ses dizaines de personnages et ses multiples récits complémentaires, la réalisation tout bonnement incroyable de Francis Ford Coppola qui impressionne une nouvelle fois par la finesse de sa mise en scène au ton théâtral, un casting remarquable et bien sûr sa musique toujours aussi envoûtante. Il est néanmoins possible de reprocher à ce Parrain III de réutiliser les mêmes schémas récurrents de la trilogie, particulièrement dans sa dernière partie construite sur le même modèle que celles des deux premiers films. Cet aspect répétitif sert néanmoins à mettre en relief la répétition inlassable de la violence et au bout du compte ces portraits qui pourraient sembler idéalisés des Godfathers tendent davantage à la pitié qu'à l'admiration. Car au delà de ces images d'hommes au dessus des lois et au pouvoir de décision incroyable, apparaissent finalement des individus brisés par la haine et enfermés dans la solitude.

"Le seul trésor sur la terre, c'est les enfants. Plus que l'argent ou la gloire. Vous êtes mon trésor"


Bien loin de mériter la réputation exécrable qui l'entoure, le Parrain III propose une conclusion magistrale et puissante à un chef d'oeuvre du cinéma. Reprenant avec ingéniosité les éléments apportés par les deux premiers films, Coppola y apporte un dénouement émouvant et dramatique où chaque pas de Michael Corleone durant cette saga fleuve semble l'avoir porté vers la tristesse et l'amertume. Rares sont les trilogies à avoir été réalisées de main de maître du commencement jusqu'au chapitre final et avoir montrées un tel soin et une telle intelligence dans leur construction. Le Parrain peut se vanter d'en faire partie. Ce fut un dénouement exceptionnel pour une trilogie d'exception, du cinéma remarquable durant plus de neuf heures d'une histoire à la richesse stupéfiante...Tout simplement du grand art!

PS: Dans le premier Parrain, le bébé de l'extraordinaire scène du baptème n'était autre que Sofia Coppola, la fille du réalisateur. Vingt ans plus tard, elle reprend le rôle qu'elle avait eu étant bébé, en incarnant Mary Corleone ,la fille du Godfather dans le Parrain III.



Publié dans Films du jour

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