Max Payne: les adaptations de jeux vidéos sont t-elles maudites?

Publié le par Leon9000

Les adaptations de jeux vidéos subissent depuis des années un traitement impardonnable à Hollywood. Se surpassant dans la médiocrité, les différentes adaptations ne témoignent généralement d'aucun effort de la part des réalisateurs pour être digne de l'oeuvre originale ou tout simplement pour mettre en scène un bon film. Avec Max Payne, le cinéma semblait enfin offrir une adaptation qui avait un sens. Ce jeu vidéo culte était en effet porté par une forte influence cinématographique et avait su conquérir le public par son ambiance sombre et psychologique parsemée de gunfights d'anthologie. La bande annonce avait laissée naître l'espoir de voir enfin une adaptation convaincante d'un jeu culte. Mais comme le dirait Max Payne lui même, certains espoirs sont parfois seulement faits pour être brisés, et cette adaptation cinématographique offre simplement une déception supplémentaire.

Affiche américaine. 20th Century Fox

Au commencement j'avais tout: un sombre charisme, une esthétique parfaite, un scénario en béton, un univers tortueux mais j'ai quand même foiré mon passage au cinéma.



La seule qualité de Max Payne qui ne pourra être contestée est sa superbe photographie. Dés son introduction, le film met en place une esthétique remarquable qui se rapproche efficacement des cinématiques originales du jeu vidéo mettant en scène des comics noirs. L'effet visuel est de toute beauté et certaines images pourraient presque se confondre avec des planches de bande dessinée. Sans atteindre la démesure visuelle d'un Sin City ou 300, Max Payne se dote d'une ambiance visuelle efficace située entre le polar noir et une plongée dans la folie teintée de superstition surnaturelle. Malheureusement, une fois passé l'impact visuel, un malaise s'installe. Un sentiment de plus en plus dérangeant parcourt le film jusqu'à ce qu'au bout de plusieurs dizaines de minutes, un constat amer s'impose: cette oeuvre laisse totalement indifférent.

Le réalisateur fait le choix d'une adaptation se focalisant peu sur les scènes d'action qui ont fait la gloire du jeu vidéo. Si cette démarche aurait pu être louable, elle ne trouve aucune justification dans cette oeuvre où l'intrigue semble s'efforcer de simplifier à l'extrême l'univers du jeu. Le scénario s'attarde sur des éléments inintéressants de l'histoire par le biais de nombreux personnages secondaires et le plus souvent inutiles. L'ambiance psychologique et dramatique du jeu original est effroyablement amoindrie et les rares séquences exploitant le potentiel émotionnel du récit laissent de marbre. Le film est de surcroît extrêmement mal rythmé de telle sorte que l'ennui est omniprésent durant la première heure.

Mark Wahlberg. Twentieth Century Fox France

De belles images pour un film fade.

Une fois la deuxième partie du film entamée, le réalisateur commence enfin à faire preuve d'initiative et livre quelques séquences dynamiques qui écartent momentanément la lassitude du film. La réalisation n'atteindra malheureusement jamais la virtuosité espérée et les quelques scènes plongeant dans les tourments du personnage ne seront jamais dignes de la folie désespérée de l'oeuvre originale. Le cinéaste semble être fier de son idée de représenter la mort sous la forme des valkyries mais ce concept est tellement utilisé à outrance qu'il perd bien vite de son impact. La prestation de Mark Walhberg n'est également pas étrangère à l'indifférence ressentie durant le film. , L'acteur a beau offrir quelques prouesses physiques, il manque cruellement de charisme pour faire ressentir toute l'amertume de son personnage, sa prestation fade du détective Payne ayant ainsi du mal à emporter l'adhésion. Le reste du casting surprend également par sa médiocrité, malgré la ressemblance physique de certains comédiens aux personnages originaux l'interprétation globale est bien faible, la plupart des acteurs s'étant fait remarqués par des seconds rôles de séries télévisées.

Comme si cela ne suffisait pas, la musique livre également des compositions lamentables, loin du superbe thème dramatique du jeu ou du rythme sombre et percutant de If I Was Your Vampire de Marylyn Manson utilisée efficacement dans la bande annonce et totalement absent du film. Pour couronner le tout, Max Payne semble s'achever dans la précipitation comme si le réalisateur se rendait compte du vide de son oeuvre. Et c'est presque avec soulagement que le générique de fin apparaît, mettant ainsi fin à un long et innommable gâchis.

Mark Wahlberg. Twentieth Century Fox France

Tant de potentiel incroyablement anéanti, il y a de quoi devenir dingue.



Au bout du compte, c'est la consternation et l'amertume qui jaillissent de Max Payne avec plus d'impact que les coups de feu. L'ennui est dominant dans cette oeuvre qui aurait pu être aisément être un divertissement tout à fait acceptable. Il est tellement évident que le réalisateur ne fournit qu'un effort minime pour transposer un jeu d'une grande richesse que ce traitement en est d'autant plus consternant. Quelques simples idées de mise en scène comme une présence plus importante de la voix off, auraient déjà pu considérablement enrichir l'oeuvre mais celle ci se complaît dans la banalité et amoindrit la richesse d'une oeuvre culte. Cette adaptation avait laissée naître l'espoir de voir un film digne du jeu où il puiserait sa source, ce Max Payne ne sera finalement qu'un reflet bien fade d'une oeuvre culte, une adaptation supplémentaire massacrant la qualité du jeu originel et en livrant un médiocre aperçu au spectateur non connaisseur.

Il ne s'agit pas de l'adaptation la plus médiocre d'un jeu vidéo mais bien de l'une des plus décevantes. Max Payne avait tout pour briller autant au cinéma qu'en jeu, il aura finalement manqué à ce film le talent, l'ambition et la démesure nécessaires pour captiver les foules. Le passage de Max Payne au cinéma laissera un souvenir aussi amer que son héros, il aurait mieux valu pour lui ne jamais quitter les écrans d'ordinateur car même face à un dur à cuire comme lui, Hollywood est impitoyable quand il s'agit de massacrer une superbe oeuvre, encore plus si elle provient d'un jeu vidéo. Une démarche consternante pour un film scandaleux.



Publié dans Films vus en salles

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