Quantum Of Solace: un James Bond (trop) survitaminé

Publié le par Leon9000

 Daniel Craig. Sony Pictures Releasing France

Daniel Craig, le James Bond aux multiples cicatrices

Se plaçant dans la continuité du changement brutal et admirable opéré durant Casino Royale, Quantum Of Solace poursuit la modernisation du mythe de James Bond avec un agent secret plus sombre, plus froid et plus violent. Dés l'ouverture du film, il est rapidement évident que la volonté principale du réalisateur Marc Forster est de proposer un film d'action encore plus nerveux que son prédécesseur. Sur un montage ultra dynamique, les courses poursuites succèdent aux affrontements brutaux à un rythme infernal. Se surpassant dans l'interprétation d'un 007 plus physique que jamais, Daniel Craig saigne, hurle et frappe avec une férocité implacable. L'acteur ne mise pas sur un sourire charmeur à la Pierre Brosnan mais davantage sur son regard bleu et glaçant. Face à lui se dresse une organisation machiavélique contrôlée par Mathieu Amalric qui offre une prestation assez originale pour un méchant de James Bond. La nouvelle atmosphère de 007 fonctionne aussi bien que Casino Royale et la première heure du film se laisse suivre avec un indéniable plaisir brutal. Malheureusement, le film ne parvient pas à conserver une intensité égale sur toute sa durée et les qualités de ses débuts deviennent les défauts de son final.


A force de vouloir mener son film à un rythme haletant, Marc Forster entraîne une certaine lassitude dans son déroulement. Son oeuvre ne parvient pas à ralentir son rythme aux moments adéquats, les plans s'enchaînent à une vitesse folle à tel point que le film frôle parfois l'overdose visuelle avec des images se succédant toutes les secondes. De ce fait, plusieurs éléments intéressants du film se voient desservis par la mise en scène qui ne permet pas de les mettre en valeur. Durant les scènes d'action où Marc Forster tente avec plus ou moins de réussite d'imiter la mise en scène de Paul Greengrass sur les Jason Bourne, plusieurs cascades impressionnantes n'ont pas droit au rayonnement qui leur est mérité, la faute à une action trop vive. Plusieurs excellentes trouvailles narratives, telle que cette scène surprenante de Bond enlaçant un confrère tombé au combat ou des remarques ingénieuses sur l'actualité internationale, sont également malmenées par cette alternance survitaminée de plans.

Daniel Craig. Sony Pictures Releasing France

James Bond ne prend jamais le temps de se reposer. Pour cette fois ci, cela ne lui aurait pas fait de mal.


Durant plusieurs séquences, la réalisation offre pourtant d'excellentes sensations, à l'image de cette course poursuite sur fond d'opéra, mais en ne marquant pas une différence de rythme entre les affrontements et le reste du film, Marc Forster provoque une inévitable perte d'intensité. L'action, toujours l'action, martyrise également les autres valeurs quotidiennes de James Bond qui se retrouvent ici amoindries. L'ensemble souffre d'un manque regrettable d'humour et les fameuses répliques cinglantes et bien appuyées de Bond sont bien rares, même le rituel "Bond, James Bond" n'est pas au rendez vous.


Au final, de la même manière que certains James Bond avec Pierre Brosnan avaient trop misés sur les gadgets et les séquences invraisemblables (comme Meurs un Autre Jour) Quantum Of Solace se focalise trop sur l'action pure et dure initiée dans Casino Royale, et en oublie de créer un équilibre dans son film. Le pire a été néanmoins évité, la nervosité des scènes d'action est telle que le film mérite le prix du ticket de cinéma d'autant que cette nouvelle atmosphère violente qui sera certainement celle de James Bond pour les années à venir, est vraiment délectable. Si l'on regrettera un final décevant et tournant quelque peu au ridicule, aucun reproche n'est à faire en ce qui concerne le générique du film. Monstrueusement classe, portée par la voix endiablée d'Alicia Keys et Jack White, cette ouverture à l'ambiance sombre et érotique fait parfaitement honneur à la saga James Bond.

Daniel Craig. Sony Pictures Releasing France

Quand on vous dit qu'il ne s'arrête jamais.


Quantum Of Solace remplit son contrat, à savoir offrir un bon divertissement comme tout James Bond habituel mais l'ennui est que depuis Casino Royale, le spectateur s'attend à un peu plus qu'un divertissement sympathique. Même s'il constitue toujours un divertissement plus qu'honorable, Quantum Of Solace souffre de la comparaison avec son prédécesseur dont il se veut être la suite autant dans l'ambiance que dans l'intrigue (une première dans la série). Le précédent James Bond, réalisé par Martin Campbell, avait laissé le souvenir d'une oeuvre beaucoup plus maîtrisée et à la construction plus ingénieuse. La recette avait alors si bien fonctionnée qu'il est naturel de penser que Campbell aurait pu être aux commandes de ce film, encore plus pour un Bond débutant à peine une heure après les évènements de Casino Royale. Mais l'alternance des réalisateurs sur James Bond fait également la richesse de ce mythe inépuisable, chaque cinéaste essaie d'apporter sa contribution personnelle à une légende vivante. Pour ce James Bond, Marc Forster aura commis le pêché de vouloir trop bien faire, entraînant ainsi des erreurs facilement évitables si le cinéaste avait quelque peu délaissé l'action et l'avait dissocié du reste du film. Mais malgré toutes ces réprimandes, James Bond conserve bien un indéniable charisme et possède toujours son statut indétrônable d'un des meilleurs facteurs de divertissement que le cinéma ait connu.



Publié dans Films vus en salles

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coglin 17/11/2008 03:44

Je partage tout à fait ton avis. Et je suis persuadé qu'après la renaissance de Bond, le meilleur reste a venir