Rome: la cruauté de l'Histoire

Publié le par Leon9000

L’empire romain a toujours été un objet de fascination et une source d’inspiration inépuisable pour de multiples œuvres. L’histoire de Rome bâtie sur le sang, les trahisons et la luxure aura largement été dépeinte durant l’âge d’or Hollywoodien jusqu’à ce que le Gladiator de Ridley Scoot remette au goût du jour le péplum. Vouloir ainsi explorer la longue et complexe chute de la république romaine jusqu’à l’avènement du premier empereur romain était un pari hautement audacieux, encore plus pour une série télévisée. Disposant d’un budget colossal mis en œuvre par HBO, déjà à l’origine de projets atypiques et ambitieux tels que les Soprano, OZ ou Band Of Brothers, Rome prend de surcroît le risque de livrer une vision de la Rome antique loin d’être édulcorée.

Avé César, ceux qui vont mourir te saluent!

Le réalisme est le fil conducteur de la série Rome. La série bénéficie d’un travail de reconstitution exemplaire et outre les décors d’une beauté impressionnante, les rituels, coutumes, traditions et superstitions de la population romaine sont dépeints avec beaucoup de soin. La série s’amuse fréquemment à étonner le spectateur par le décalage entre les mentalités modernes et les convictions de l’époque. De plus, Rome met en avant par son réalisme la noirceur et les vices multiples de la culture romaine. Ici, pas de romantisme exacerbé ou de sentiments chevaleresques, la série montre un visage lucide et non idéalisé des multiples dérives d’une société romaine en pleine mutation dont les dirigeants se déchirent le pouvoir. Dans la continuité de cette logique, la violence et la sexualité, thèmes omniprésents durant la série, sont montrés de manière extrêmement crue de quoi surprendre le spectateur habitué aux censures habituelles dans le petit écran. L’ambiance de la série est ainsi posée dés les premiers épisodes : dépeindre sans artifice mais avec un soucis du détail permanent la société romaine de son visage le plus noble au plus misérable, une société souffrant finalement d’un maux persistant à travers l’histoire : celui de la pourriture des sentiments derrière la richesse matérielle. Si les spectateurs les plus connaisseurs en matière d’histoire romaine n’auront pas manqués de relever plusieurs anachronismes et incohérences vis à vis de la réalité, le travail de reconstitution de Rome mérite d’être salué pour son ambition et son audace de livrer un travail le plus réaliste possible, et ainsi le plus crédible également.


Le récit s’intéresse principalement aux différents stratagèmes opérés par les personnages pour s’emparer du pouvoir, mettant ainsi en scène les icônes légendaires de l’histoire romaine : Jules César, Pompée, Marc Antoine, Brutus, Cléopâtre et bien d’autres. Néanmoins l’ingéniosité de la série est de montrer l’évolution de la société romaine à travers le regard de Lucius Vorenus et Titus Pullo, deux soldats seulement mentionnés dans le cinquième volume de la Guerre des Gaules de Jules César et qui constituent ici les deux personnages principaux de la série. Les deux protagonistes permettent ainsi de découvrir la société romaine sous une forme plus modeste et également plus misérable, loin de la richesse dont César ou Pompée sont habitués. De plus, par leurs multiples interactions avec l’histoire de Rome, Vorenus et Pullo témoignent également de la volonté des scénaristes de jouer avec la véracité des évènements connus de l’histoire romaine. En effet, puisque les informations actuelles sur la Rome antique ne permettent pas d’obtenir une vision totalement complète de l’histoire romaine, les scénaristes de la série confèrent à Lucius Vorenus et Titus Pullo des rôles d’une importance capitale dans les projets de César comme si les deux soldats étaient des protagonistes oubliés de la grande histoire romaine. Si Rome tente d’obtenir d’une part une reconstitution la plus aboutie possible sur le plan visuel, la série assume également sa volonté de mélanger la fiction et la réalité historique, un choix narratif généralement maîtrisé avec ingéniosité par les scénaristes mais dont les spectateurs, peu connaisseurs de l’histoire romaine, n’ont souvent pas conscience, ce qui pourrait amener à quelques malentendus.

Et dire que cette image provient d'une série télévisée.



La réalisation est de manière générale d’excellente qualité et offre plusieurs plans d’une qualité exemplaire pour une série télévisée. La série doit également beaucoup à l’interprétation des acteurs qui livrent une prestation parfaitement crédible de leurs personnages. Rome possède ainsi tous les éléments pour régner sur le monde du petit écran, les ambitions démesurées de la série portant ainsi leurs fruits. Malheureusement, dépeindre une si large partie de l’histoire romaine est une tâche bien difficile, même pour une série disposant d’un si grand budget. L’un des défauts principaux de Rome est ainsi de dépeindre parfois de manière trop hâtive l’histoire romaine, la série opérant de multiples sauts dans le temps (pouvant aller jusqu’à plusieurs années) entre ses différents épisodes voir au sein même d’un épisode. S’il est compréhensible que les batailles titanesques de l’armée romaine soient rarement montrées à l’écran (il ne s’agit pas non plus d’une production hollywoodienne), il est parfois décevant que certains éléments intéressants de l’intrigue soient rapidement laissés de côté pour basculer directement à la suite des évènements. La deuxième saison souffre malheureusement encore davantage de cette narration un peu hâtive car elle dût faire face à la mort prématurée de la série,


En effet, malgré le succès international rencontré par la série, Rome fut annulée en raison du coût exorbitant de ses épisodes. La deuxième saison qui devait initialement s’achever sur la mort de Brutus dût finalement dépeindre en quelques épisodes les évènements qui auraient dû constituer la base de la troisième et quatrième saison, censées se dérouler en Egypte. Les deux derniers épisodes, malgré leur richesse en intensité et en émotion, montrent particulièrement ce traitement hâtif de la dernière partie de l’histoire. Les responsables du show ont depuis admis que l’annulation de la série était certainement une erreur, et le producteur de la série, Bruno Heller, envisage de relancer la série au cinéma, l’avenir de Rome est donc encore incertain.

Rome a t-elle vraiment finie de faire parler d'elle?


Quoiqu’il en soit, Rome fait malgré tout preuve d’une qualité exemplaire et témoigne parfaitement de la montée en puissance des séries télévisées américaines en terme d’ambition et d’audace. Si la série aurait méritée un nombre bien plus important d’épisodes ou de saisons, elle parvient néanmoins à offrir une analyse réaliste et profonde de la société romaine tout en dévoilant une passionnante quête du pouvoir. La mythique cité de Rome aura rarement été dépeinte avec autant de crédibilité et dans ses facettes les plus sombres et diverses. L’idéal serait ainsi de voir dans le futur l’exploration dans la même logique du règne captivant de Néron qui mériterait bien à lui seul une nouvelle série.



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