Les 3 royaumes: retour au pays pour John Woo!

Publié le par Leon9000

Après quinze années de déchéance passées sur le sol américain, John Woo signe enfin son retour dans le cinéma chinois. Il n'est néanmoins plus ici question de films d'action endiablés où des héros à l'âme torturée s'affrontent dans des gunfights sanglantes et esthétiques, le cinéaste préférant surfer sur la vague à succès des films épiques et chevaleresques particulièrement à la mode depuis les spectaculaires oeuvres de Zhang Yimou. Parallèlement à la montée en puissance économique de la chine, le cinéma chinois affiche une très nette ambition de concurrencer Hollywood à sa manière. Depuis le succès international de Tigres et Dragons, les réalisateurs chinois savent que les films d'arts martiaux plaisent au public occidental et les productions de ce genre s'enchaînent, surpassant les budgets du cinéma chinois et trônant au sommet du box office asiatique. Après la Cîté Interdite et plus récemment les Seigneurs de la Guerre, John Woo entre donc dans la danse et livre les 3 royaumes, oeuvre basée sur la célèbre bataille de la falaise rouge, pilier de la culture chinoise et déjà transposée dans un roman à succès et plus d'une douzaine de jeux vidéos. Avec le plus grand budget du cinéma chinois à son actif, John Woo livre une fresque spectaculaire mais qui ne brille guère par son originalité.

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Non ce n'est pas Kingdom Of Heeaven.

 

Les cinéphiles nostalgiques de John Woo auront quelque plaisir à retrouver quelques marques spécifiques de la mise en scène du cinéaste. L'absence d'armes à feu dans le récit n'empêche pas John Woo de livrer un film esthétique dôté d'une multitude d'images impressionnantes où le savoir faire chinois pour mettre en scène des milliers de personnages dans une même séquence fait à nouveau des merveilles. Une scène fera particulièrement sourire quelques uns: un plan séquence entier suivant le vol d'une colombe au dessus d'une armée ennemie, il est de notoriété publique que quand John Woo est là, les pigeons ne sont pas loin. Néanmoins, plutôt que de miser sur l'aspect surréaliste des affrontements popularisés dans Tigres et Dragons, John Woo offre un regard davantage réaliste de cette bataille et pour impressionner le public, le réalisateur se focalise principalement sur la démesure des batailles où des armées titanesques s'affrontent plutôt que sur les chorégraphies finalement assez basiques.

L'art de la guerre tient une place centrale dans les 3 royaumes, le film s'intéressant à maintes reprises sur les stratégies opérées dans les deux camps adverses pour déstabiliser l'ennemi. Même dans les batailles, c'est davantage grâce aux multiples stratagèmes des soldats plus que l'héroïsme des combattants qui permet de remporter la victoire, un élément qui permet d'apporter un peu de variété et d'originalité dans l'oeuvre, ce qui n'est pas de refus tant à côté le film présente un récit plus que banal. Si la dimension spectaculaire et stylisée des 3 royaumes assure un divertissement convenable, l'oeuvre est loin d'être démunie de défauts.

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Loin du surréalisme de Tigres et Dragons et de la dimension artistique d'Hero et la Cité Interdite, les 3 Royaumes opère une approche plus réaliste de cet évènement historique.

Si l'on retrouve les qualités des films asiatiques de John Woo, ses défauts sont également de retour. Ainsi son film accumule également plusieurs stéréotypes qui frisent le ridicule. Les cinéphiles qui ne supportent pas les clichés du cinéma chinois risquent de ne pas pouvoir tenir jusqu'à la fin de la séance tant les 3 royaumes enchaîne sans aucune retenue les stéréotypes en tout genre. Le talent des comédiens ne parvient pas à atténuer la caricature poussée au paroxysme des différents personnages et au final toute cette surenchère de clichés nuit grandement à l'oeuvre en la dépouillant de sa dimension dramatique. John Woo ne prend pas beaucoup de risques avec son oeuvre et plutôt que de bouleverser les codes déjà maintes fois exploités des films d'arts martiaux, il les développe dans leur dimension la plus caricaturale et il en découle une intrigue d'une grande banalité.


De ce fait, malgré la dimension titanesque de son conflit et du potentiel inépuisable de l'événement historique dont il puise sa source, les 3 royaumes est finalement réduit à un simple divertissement stéréotypé qui ne laissera pas un souvenir impérissable. Malgré tout, le film de John Woo se laisse regarder avec un certain plaisir grâce à la beauté de ses images et l'élégance de plusieurs séquences mais aussi avec un sourire moqueur devant ces héros si exagérément chevaleresques.

Lin Chi-Ling. Metropolitan FilmExport

Ce pauvre personnage incarne à lui seul tous les clichés qui parsèment le film.

Que l'on soit ou non amateur de ses films d'action épiques, il est évident que le cinéma chinois ne réussira pas à s'imposer auprès du public mondial sans faire preuve de davantage d'audace narrative. Plutôt que d'accroître sans cesse le budget de leurs films, les réalisateurs chinois auraient tout à gagner à tenter d'inclure plus de variété dans leurs blockbusters. Dans le cas contraire, le cinéma chinois risque bel et bien de concurrencer Hollywood...dans son manque de créativité.



Publié dans Films vus en salles

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