Je suis une légende: Will Smith, seul au monde.

Publié le par Leon9000

Voilà une oeuvre plus intéressante qu'il n'y paraît au premier abord. En effet, même si le film n'échappe pas à un certain aspect conventionnel, Je suis une légende est davantage à voir pour le portrait efficace qu'il dresse de la solitude exacerbée que pour son caractère horrifique, moins original et finalement moins mis en avant.

Will Smith. Warner Bros. France

Le dernier homme sur terre n'est pas seul... Son chien est avec lui.



L'intérêt du film réside principalement dans sa vision habile et réaliste d'un homme seul, continuant envers et contre tout de mener une existence saine. Les efforts désespérés du héros pour conserver une vie normale malgré sa situation le rendent émouvant mais également pathétique, de telle sorte que l'on finit par éprouver de la pitié pour le personnage, perdant au fur et à mesure ses repères malgré sa volonté de continuer à se battre. La sympathie ressentie pour le héros est en grande partie due à l'excellente interprétation de Will Smith, l'acteur ayant visiblement choisi un tournant beaucoup plus sérieux dans sa carrière.


Mais l'oeuvre est également appréciable dans sa vision d'un New York totalement dévasté et désert. Si ces séquences font penser de manière irrémédiable à la scène d'introduction de 28 jours plus tard, elles renvoient une émotion plus forte par l'accentuation davantage poussée sur le caractère sauvage de la ville et le lien du héros avec son environnement. Le sentiment de solitude presque maladif est y en effet davantage exploité et de manière plus habile, grâce à une mise en scène d'excellente qualité, multipliant les plans larges et les longueurs pour un rythme de récit très lent mais qui confère aux images un aspect hypnotique.


Quant aux scènes de suspense, elles sont développées de manière plus intelligente qu'il n'y paraissait. Il n'est ici pas vraiment question de faire sursauter le spectateur toutes les deux minutes à grands coups de cris et de détonations, mais plutôt d'accentuer l'ambiance de l'univers où derrière le silence impénétrable, se cache dans l'ombre une horreur sans nom. Il est d'ailleurs très intéressant de constater à quel point la construction du film se rapproche de la structure des jeux vidéos, non dans le sens stupide du héros qui tire sur tout ce qui bouge, mais dans l'élaboration de certaines règles qui régissent ce monde. Le héros est en effet en sécurité tant qu'il demeure dans la ville tandis que le domaine des créatures se situe dans l'ombre des immeubles, et la lumière du soleil constitue la barrière qui le sépare du monde des mutants. Ne vous étonnez pas si vous pensez à plusieurs reprises au Silent Hill de Christophe Gans, seule adaptation digne d'un jeu vidéo et excellent film au demeurant et qui parvenait justement à retranscrire ces frontières parfois plus ou moins visibles qui régissent un univers et que le personnage est amené à franchir.

Will Smith. Warner Bros. France

L'interprétation de Will Smith, la qualité de la réalisation et un traitement ingénieux de l'oeuvre rendent l'univers du film très immersif.


La principale critique que l'on puisse adresser à l'oeuvre est bien entendu le caractère très artificiel des monstres qui expriment de manière aberrante leur appartenance au monde des pixels. Dans un film doté d'un grand budget qui mise beaucoup sur sa force d'immersion, grâce à l'interprétation de son acteur vedette et ses décors stupéfiants, il faut avouer que le charme en prend un coup quand le héros affronte des personnages qu'on croirait venus d'une cinématique de Playstation 2. Un aspect regrettable et étonnant au regard du niveau de qualité global du film qui apporte tout de même un grand soin dans la présentation de son univers. Les monstres ne sont toutefois pas le principal intérêt de l'oeuvre mais le décalage qu'ils apportent est troublant malgré leur aspect assez spectaculaire.

Enfin, il est assez regrettable que le dénouement de l'oeuvre s'enferme dans un certain classicisme. Le film ne s'achève pas non plus sur une aberration qui ruine tout le travail accompli jusqu'à alors, mais son caractère conventionnel fait grincer des dents. Ce qui explique la colère des fans du livre dont le dénouement est à l'opposé de celui du film, de même que la signification du titre prenant une tournure totalement différente dans l'oeuvre originale.

Will Smith. Warner Bros. France

Des créatures étonnamment peu crédibles et un retour au classicisme hollywoodien vers la fin de l'oeuvre ternissent le tableau.


N'ayons pas peur des mots, Je suis une légende aurait pu être un chef d'oeuvre s'il avait choisi de davantage poussé l'originalité de son sujet. Disposant d'une réalisation excellente, d'un univers habillement exploité et d'un Will Smith impressionnant, l'oeuvre perd de son charme en choisissant de se focaliser sur l'espoir au delà des difficultés plutôt que d'accentuer le caractère désespéré de l'intrigue comme dans le livre original. Le choix n'est pas totalement condamnable mais son traitement hollywoodien atténue la valeur d'un film qui renferme pourtant en lui beaucoup de richesse et se révèle bien plus intelligent et beaucoup mieux construit qu'un simple film de série B.



Publié dans Films vus en salles

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john 07/01/2008 18:25

Oui alors dans l'ensemble je suis d'accord avec toi, notamment sur les ambitions de départ du film, très bien représentées dans la première partie. On aurait pu avoir une toute belle oeuvre..on a en lieu et place une impression de divertissement sympa à la sortie de la salle. Franchement en y repensant, le dernier tiers du film est vraiment à chier, c'est dommage. Les effets spéciaux niveau monstre ca m'a pas vraiment gêné...bon j'suis ptet moins à cheval là dessus que toi .
Mais bref, ce film plus j'y repense, plus je trouve que c'est un gros gâchis...il manque 45 mn de bobine..au bas mot.