The Dark Knight Rises : une ascension ratée

Publié le par Leon9000

 Si Christopher Nolan avait dés son premier opus de Batman assumé son désir de crédibiliser l'univers du justicier de Gotham, cette dimension réaliste n'avait été exploitée qu'en surface se limitant à un exercice de style. C'est bien le fabuleux Dark Knight qui conféra à ce réalisme tout son sens en transformant les tourments du sombre héros en métaphore de l'Amérique moderne. Évoquant avec brio le chaos identitaire d'une Amérique ne parvenant plus à distinguer le bien du mal face à la menace incompréhensible du terrorisme, le film devint un emblème sacralisé par de nombreux cinéphiles : celui d'un blockbuster intelligent privilégiant ses personnages et son intrigue à l'action.

   Ayant poussé la démarche à son paroxysme avec son chef d’œuvre Inception et porté par l'engouement suscité par Dark Knight, Nolan n'avait plus grand chose à prouver dans cet ultime volet de Batman. Est ce pour cela que le film témoigne de moins d'audace narrative  ou bien l'adoration autour de The Dark Knight a t-elle effrayé Nolan et son équipe dans leur démarche créative ? Quoiqu'il en soit, ce Dark Knight Rises se révèle trop similaire dans sa construction à son prédécesseur et ne parvient ni à s'émanciper ni à égaler son illustre modèle.

 

 

Le bon, la brute et la voleuse.


   La première partie est pourtant prometteuse. Assumant l'influence du comic culte de Frank Miller, Dark Knight Returns, Nolan dépeint avec intelligence un Bruce Wayne dépressif et lassé de son combat. De manière globale, l'écriture des personnages est une réussite, à la fois fidèle aux protagonistes originels et à la vision du cinéaste. Néanmoins l'intrigue se portera rapidement sur un nouveau conflit psychologique, où Bane en digne héritier du Joker tentera de basculer le peuple de Gotham dans l'anarchie absolue tandis que Batman tentera de maintenir l'espoir en la civilisation malgré ses défaillances. Le sentiment de redite est malheureusement omniprésent d'autant que le récit finit par tourner en rond et tirer inutilement en longueur dans sa dernière partie. Pour combler ses vides narratifs, les affrontements sont bien plus présents que dans les derniers volets de la franchise, malheureusement Nolan ne s'est toujours pas encore affirmé comme bon réalisateur de scènes d'action.

 

   Si les courses poursuites demeurent assez jubilatoires avec les véhicules excentriques du Justicier, les combats au corps à corps frôlent souvent le ridicule par leur absence de crédibilité, un comble vu la démarche de Nolan. Il aurait ainsi été plus cohérent et réaliste d'accentuer la représentation d'un Batman profitant de l'obscurité pour éliminer silencieusement ses adversaires que celle d'un Rambo avançant en pleine lumière contre dix adversaires sans qu'un seul ait l'idée de sortir un pauvre flingue.

 

 

Ses reproches trouvent malheureusement leur paroxysme dans une fin indigeste qui, pour parler franchement, n'a pas les couilles d'assumer jusqu'au bout son propos. Alors bien sûr, le jugement est très sévère. Christopher Nolan demeure un metteur en scène doué véhiculant une atmosphère toujours aussi soignée (quoique jamais à l'abri d'un certain classicisme quand il s'agit de véhiculer de l'émotion), dirigeant intelligemment ses comédiens et surtout qui n'a jamais renoncé à la noirceur de son univers, dépeignant un Batman torturé, indécis car avant tout mortel et imparfait malgré l'aura mythologique qui l'entoure. Malheureusement après la claque opérée par The Dark Knight, les attentes en cet ultime volet étaient certainement démesurées. En résulte au bout du compte un bel acte de bravoure ténébreux face à un chaos innommable mais pas le chant du cygne auquel le chevalier noir pouvait prétendre. Qu'à cela ne tienne, Nolan gardera le mérite d'avoir ressusciter cinématographiquement le personnage de Batman dans toute sa complexité et son amertume mais le réalisateur peut maintenant voguer en paix vers d'autres rivages car il n'a plus grand chose à apporter à cet univers.

Publié dans Films vus en salles

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