The Walking Dead: d'un comic culte à une série mitigée

Publié le par Leon9000

 

 

 

  Avant d'être la série télévisée qui nous intéresse aujourd'hui, The Walking Dead est avant tout un formidable comic scénarisé par le talentueux Robert Kirkman. Il est pourtant bien difficile de se démarquer dans l'univers maintes fois exploité des morts vivants, néanmoins The Walking Dead pouvait compter sur la qualité de son écriture pour s'imposer comme une nouvelle référence du genre. Comme tous les bons récits de zombies, le principal intérêt de l'intrigue ne vient pas des cadavres ambulants mais des survivants humains qui vont être confrontés à leur propre part de monstruosité en développant leur instinct de survie. Profitant pleinement de sa longévité, le récit prend le temps de dépeindre la déshumanisation progressive mais inexorable de son héros au fur et à mesure que l'espoir de retrouver une civilisation décente s'estompe. Et si The Walking Dead n'échappe pas à des excès de violence condamnables, le réalisme du comic est remarquable, les personnages sont véritablement humains et imparfaits, la crédibilité de leurs sentiments renforçant ainsi l'implication émotionnelle du lecteur. La série refusant de basculer dans la facilité avec des ellipses temporelles, le récit suivra en permanence l'évolution de Rick et ses compagnons accentuant d'autant plus l'immersion du lecteur et parvenant à maintenir au bout d'une quinzaine de volumes, une intensité émotionnelle toujours aussi vivace.

 

  Car si le réalisme de Walking Dead constitue la grande qualité du comic, il trouve directement écho avec un autre de ses composants : sa dimension dramatique. Robert Kirkman n'est pas un scénariste peureux et n'hésitera pas à faire évoluer son intrigue de manière imprévue et douloureuse remettant constamment le lecteur face à la cruauté de cet univers. Le sort impitoyable réservé aux protagonistes est d'autant plus marquant vis à vis du réalisme du récit et de notre proximité avec ces personnages. The Walking Dead en devient presque une lecture éprouvante aux rebondissements les plus percutants qu'aient offert les comics américains durant ces dernières années.

 

 

Le premier volume de la série transposé dans la saison 1 de l'adaptation télévisée fut dessiné par Tony Moore. Le style visuel y était assez cartoon mais accentuait efficacement les sentiments des personnages. Dés le tome 2, le dessinateur Charlie Adlard le remplacera, son style plus sobre et épuré étant davantage approprié avec le thème abordé. Si au fil du temps certains dessins paraissent un peu simplistes, la mise en scène demeure d'une grande créativité. Enfin signalons que l'intégralité du comic est en noir et blanc renforçant la désolation de cet univers.

 

  Bref le matériau originel est de qualité et de part sa longévité et son développement des personnages le comic se prêtait bien plus à une adaptation télévisée que cinématographique. Tous les éléments étaient réunis pour transposer efficacement le comic. En premier lieu la série, initiée par Frank Darabond (le réalisateur des Evadés, la Ligne Verte et surtout The Mist,), s'est donnée les moyens de retranscrire les évènements de la bande dessinée dans leur démesure. Le budget est clairement à la hauteur pour dépeindre une apocalypse de morts vivants, à commencer par le maquillage extraordinaire dont bénéficient les zombies d'autant que la série a le mérite de ne pas édulcorer sa violence. Le casting est alléchant et si la miss Prison Break énerve un peu, les interprètes demeurent globalement convaincants, principalement l'acteur principal Andrew Lincolm qui n'hésite pas à accentuer les tourments de son personnage. Enfin, la bande sonore n'est pas délaissée et la plupart des morceaux employés sont tout à fait en adéquation avec un univers de morts vivants. Une seule question subsiste alors : pourquoi en dépit de ses qualités The Walking Dead demeure une adaptation si mitigée ?

 

  La réponse est malheureusement d'une simplicité énervante : la narration. Au bout de deux saisons, les scénaristes n'ont pas toujours pas choisi la voie qu'ils devaient prendre : l'émancipation vis à vis du comic en mettant en avant l'originalité de la série ou au contraire rester fidèle au matériau d'origine. Ce dilemme qui pourrait sembler anodin est pourtant au cœur du problème de Walking Dead qui tente un mélange maladroit et contreproductif entre les comics et sa propre originalité. Cette incertitude permanente dans la narration se traduit ainsi par des intrigues inédites et dispensables, des longueurs inutiles et des scènes de remplissage tellement explicites qu'elles en sont indigestes. Le rythme de la série se veut beaucoup plus lent et moins intense que celui du comic, ce choix pourrait être louable si l'intrigue ne dégageait pas un sentiment lassant de stagnation comme si la série avait peur de faire évoluer son histoire, ne sachant pas dans quelle direction aller. D'autant plus qu'avec une quinzaine de volumes déjà parus, le comic est largement suffisamment avancé pour que la série n'ait aucune crainte de le rattraper.

 

  Et malheureusement ce compromis inadapté a des conséquences de plus en plus dramatiques pour la qualité de la série au fur et à mesure de son évolution. Délaissant la conclusion dramatique du premier volume des comics, la première saison préféra s'achever sur un élément inédit mais maladroit et totalement inadapté à ce stade du récit. La conclusion du premier volume arrivera finalement dans la deuxième saison mais avec une narration encore tellement vacillante qu'elle fait perdre toute la dimension poignante et tragique du rebondissement originel.

 

Le réalisateur Frank Darabond quitta la production de la série durant la saison 2, sa volonté individuelle ayant du mal à coincider avec l'immense mécanisme d'une série télévisée. Ce départ ne fit qu'aggraver l'incertitude permanente de la série entraînant même de regrettables évolutions narratives.


  En somme, The Walking Dead constitue un joli gâchis et prouve que la meilleure volonté du monde et des moyens conséquents ne peuvent être suffisants si en toile de fond la narration est aussi creuse et indécise dans son propos. Le comic lui demeure largement supérieur et pertinent alors que la série avait pourtant tous les atouts pour le surpasser. Seule la qualité de sa réalisation et de son casting offrent encore un divertissement honorable mais si la série ne se réveille pas dans la troisième saison en décidant enfin de la marche narrative à suivre, il est bien possible qu'elle en perde définitivement tout intérêt.

Publié dans Séries

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