There Will Be Blood: Daniel Day Lewis dans l'antre de la folie.

Publié le par Leon9000

Présenté comme l'un des grands favoris des oscars 2008, There Will Be Blood aura beaucoup fait parler de lui. Acclamé unanimement par les critiques, qualifié maintes fois de chef d'oeuvre ultime, le film avait fait placer en lui de nombreux espoirs avant sa sortie en salles. A l'image de No Country For Old Men des frères Coen, son principal adversaire durant les oscars, l'oeuvre de Paul Anderson est un portrait extrêmement sombre de la folie humaine et au fur et à mesure que l'intrigue progresse, un voile diaboliquement ténébreux entoure les personnages et le spectateur.

Dillon Freasier et Daniel Day-Lewis. Miramax Films

Une entreprise familiale...


A l'image de Terrence Malik, Paul Anderson fait parti de ces cinéastes livrant peu de films mais réalisant chacune de ses oeuvres avec un soin extrême. There Will Be Blood se présente dés le départ comme un film superbement mis en scène où le réalisateur possède visiblement une manière très spécifique de concevoir un film. On ne pourra s'empêcher la comparaison avec No Country for old men, les deux films ayant été en compétition et étant assez semblables tant dans le fond que dans la forme malgré leur contexte éloigné (même si certains décors des deux films ont été tournés au même endroit). Néanmoins là où No Country for old men était un film silencieux, le son tient une importance beaucoup plus grande dans There Will Be Blood. Il n'est ainsi pas rare que la musique remplace les dialogues et appelle à la sensibilité du spectateur pour percevoir l'ambiance du film. La bande sonore par son caractère parfois dérangeant voir un peu étrange rappelle l'utilisation du son dans les oeuvres de David Lynch où les sonorités désagréables renforcent la perte de repères du spectateur.

La présence de Daniel Day Lewis, dont la prestation est aussi remarquable que les rumeurs le prétendaient, n'est également pas un hasard. L'acteur s'était déjà illustré magnifiquement dans Gangs Of New York où bien que son personnage avait des motivations différentes, il interprétait déjà un homme plongé dans une Amérique oscillant entre la modernité avec l'avancée de la civilisation et un esprit d'aventure et de liberté hérité du passé. There Will Be Blood n'est d'ailleurs pas dénué d'un double regard vis à vis de notre actualité avec la soif de l'or noir ainsi qu'une critique habile de la religion à travers le personnage du charismatique prêtre Eli, incarné avec beaucoup d'ingéniosité par Paul Dano.

Si le film captive durant un long moment voir impressionne durant ses accélérations d'intensité soudaines portés par l'incroyable Daniel Day Lewis, la dernière heure diminue néanmoins la force du récit. L'oeuvre est filmée de manière lente et sa longue durée finit par lasser quelque peu. La faute principalement au scénario qui aurait gagné à offrir davantage de rebondissements. L'oeuvre s'achève néanmoins sur une conclusion particulièrement amère et ironique, même si l'on aurait pu penser que le récit se plongerait davantage dans la violence et l'horreur.

Daniel Day-Lewis. Miramax Films

Malgré ses longueurs excessives et un certain manque de rebondissements dans le récit, la plongée dans la folie du héros reste captivante par l'habilité de la réalisation et la force de l'interprétation.

Après l'assassinat de Jesse James et No Country for old men, There Will Be Blood apporte une nouvelle pierre à un genre de plus en plus illustré. Ces oeuvres ont en commun d'amorcer un regard contemplatif sur la nature machiavélique de l'homme et dressent le portrait d'individus brisés, éternellement en quête de repères et s'enfonçant immuablement dans la noirceur. There Will Be Blood se démarque par l'originalité de sa réalisation et son utilisation si particulière de la musique, la fougue inépuisable de ses comédiens et son portrait si amer de la réussite américaine.



Publié dans Films vus en salles

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