Les versions longues du Seigneur des Anneaux: que valent t-elles vraiment? (deuxième partie)

Publié le par Leon9000

 LE RETOUR DU ROI


Dans la trilogie de Tolkien, le Retour du Roi est incontestablement l'apothéose de la saga dont on avait hâte de voir Peter Jackson en tirer un dénouement magistral. Malheureusement, le Retour du Roi est par bien des aspects l'adaptation la plus maladroite du livre et bien que l'oeuvre demeure un formidable moment de bravoure et d'émotion, elle accumule des erreurs regrettables auxquelles on ne s'attendait pas venant du réalisateur. De l'aveu de Peter Jackson lui même, celui ci était épuisé après le tournage simultané des trois films de la trilogie ("Je comprends pourquoi personne n'avait jamais tourné trois films à la suite auparavant...Ce n'est pas quelque chose que je referais"). La fatigue accumulée et l'immense tâche qui restait à accomplir (le Retour du Roi étant le film le plus spectaculaire de la saga) sont sans doute à l'origine des multiples maladresses de cette dernière adaptation. Ainsi, la version longue est l'occasion de rectifier le tir en diminuant plusieurs dégâts et en apportant un enrichissement considérable par rapport à la première version.

Tout d'abord, cette version longue dispose de trois séquences capitales qui, elles aussi, n'auraient jamais dû être coupées de la version cinéma. En premier lieu, vient naturellement la mort de Saroumane qui constitue la véritable introduction au film. La scène est d'autant plus intéressante qu'elle est la première scène où apparaît véritablement Saroumane dans le livre, celui ci n'étant que mentionné et entouré d'une aura de mystère jusqu'à la fin des Deux Tours. Pour les besoins de son adaptation, Peter Jackson mit régulièrement le personnage au premier plan afin d'incarner les forces ennemies au même titre que Sauron. Mais ainsi dans la version cinéma, le personnage disparaît à la fin des Deux Tours sans plus de renseignements, à la déception des fans et de Christopher Lee également. La version longue corrige ainsi cette erreur et propose une transposition assez habile de la mort de Saroumane qui a lieu à l'origine à la fin du récit lorsque Frodon et les autres hobbits rentrent à la Comté.

Autre séquence majeure de la version longue: la confrontation entre Gandalf et le Roi Sorcier d'Angmar. Bien que la scène soit courte et moins intense que dans le livre (car trop spectaculaire), elle présente à son paroxysme, comme dans le récit original, la défaite imminente du Gondor avant l'arrivée miraculeuse des troupes du Rohan. Et enfin, une troisième séquence dévoile l'arrivée du Messager du Mordor montrant à Aragorn et ses compagnons la tunique de Frodon arrachée lors de sa capture par les Orques à la sortie de la grotte d'Arachne. Dans le livre, cette scène montre l'effondrement des espoirs de Gandalf qui, malgré l'ultime diversion jouée pour faciliter la quête de Frodon, voit ses plans réduits à néant. L'intensité du récit est d'autant plus forte qu'à ce moment là, le lecteur lui même ignore le destin de Frodon après que celui ci ait été capturé par les Orques. Dans le film, le spectateur sait bien évidemment que Frodon et Sam sont en route pour la Montagne du Destin, de ce fait Aragorn rejette vivement les mensonges du Messager mais cette séquence a au moins pour mérite d'offrir un dernier rempart à la volonté des héros et de valoriser le combat qu'ils continuent malgré tout de mener.

Dernière scène inédite de cette version longue et non la moindre: la confrontation avec le Messager du Mordor.

Outre ces séquences capitales, la version longue permet également d'approfondir plusieurs personnages à commencer par Denethor. Malgré une prestation convaincante de John Noble, Denethor fut l'une des plus amères déceptions du Retour du Roi. Le livre présentait l'intendant du Gondor sombrant dans le désespoir de manière tragique malgré la force de son âme. Denethor détient en effet un Palantir lui dévoilant toute la puissance de Sauron, une force contre laquelle les hommes ne peuvent rien. Aveuglé par une folie désespérée, Denethor se suicide malgré les tentatives de Gandalf pour le sauver. Le film éclipse étrangement l'existence du Palantir et dévoile un Denethor sous son jour le plus antipathique, le personnage étant ouvertement méprisé par Gandalf qui conduit le spectateur à rejeter Denethor plutôt qu'à s'apitoyer sur son sort. Gandalf en est même réduit à prendre le pouvoir à sa place (après l'avoir roué de coups) et provoque même indirectement sa mort. Bref, il s'agit là d'un immense paradoxe et d'une simplification caricaturale inattendue de la part de Peter Jackson.

La version longue permet d'atténuer ce désagréable sentiment de bâclage en montrant Denethor complètement anéanti par la mort de Boromir et se réfugiant dans un désespoir résolu en emmenant Faramir mourant aux tombeaux de Minas Tirith. Si l'ensemble reste beaucoup trop simpliste vis à vis du livre, ce choix a plus de facilité à se faire accepter durant la version longue même s'il reste l'une des plus grandes erreurs des films en terme d'adaptation. Cette nouvelle version permet également de présenter davantage Faramir souffrant du rejet de son père, un élément déjà amorcé dans la scène inédite des Deux Tours, de ce fait le personnage paraît beaucoup plus sympathique dans la version longue que dans la version cinéma. Une scène inédite présente également son amour pour Eowyn, de manière bien plus brève que dans le livre certes, mais qui conclut ainsi l'histoire des deux personnages de façon bien plus satisfaisante que dans la première version.

Plusieurs scènes intéressantes montrent également l'effondrement des royaumes de jadis par l'intermédiaire de Gandalf méditant sur la chute des hommes, et Frodon et Sam retrouvant une statue brisée d'un ancien roi. Un constat qui met davantage en valeur la nécessité du retour d'Aragorn sur le trône du Gondor, l'héritier d'Isildur n'hésitant pas à défier Sauron par l'intermédiaire du Palantir. Au final, même si l'on n'échappe pas à quelques rajouts inutiles comme ces nouvelles séquences sur l'armée de l'ombre, le gain de richesse supplémentaire est considérable comparer à la version cinématographique. Indéniablement supérieure à la première version, la version longue du Retour du Roi représente la véritable apothéose de la saga et ne peut être manquée sous aucun prétexte.

La saga est enfin complète.


Au bout du compte, il semble que l'intérêt des versions longues du Seigneur des Anneaux s'accroît au fil des épisodes, passant du statut de simple bonus dispensable à celui de rajout essentiel. Si la version longue du Retour du Roi peut être conseillé sans soucis pour le grand public, il n'en est pas de même pour les deux premières versions longues, davantage destinées aux fans qui devront déterminer si elles méritent (ou non) leur attention. Les versions longues représentent en tout cas un cumul d'une douzaine d'heures dans le monde de Tolkien, de quoi mieux réaliser l'immense tâche accomplie par Peter Jackson durant le tournage, un réalisateur de génie qui enchaîna avec un autre projet titanesque: le chef d'oeuvre King Kong.



Publié dans Articles principaux

Commenter cet article

Darkskywalker 21/08/2008 14:33

Oui, étant donné que les scènes inédites proviennent du livre, elles s'insèrent efficacement dans le récit et à force de voir les versions longues, on pourrait presque oublier qu'elles n'étaient pas dans le montage original.

J'ai lu plusieurs fois le Seigneur des Anneaux, bien avant sa sortie cinéma, mais je pense que Tom Bombabil aurait été difficile à insérer dans le film. C'est un passage à part dans l'intrigue, beaucoup de fans se sont demandés ce qu'avait voulu montrer Tolkien avec ce personnage décalé et vivant en dehors de la civilisation.

Le début du premier livre est parsemé de plusieurs séquences de ce type qui n'ont pas vraiment de cohérences entre elles, on sent que Tolkien écrit une histoire sans y apporter vraiment une construction solide. Ce n'est que plus tard que son récit se structure et atteint les sommets qu'on lui connait.

Déjà que le premier film a un rythme long, Tom Bombadil aurait accentué la lenteur du récit et les spectateurs qui n'auraient pas lu le livre auraient été débousollés voir lassés.

Jérémy 19/08/2008 00:40

J'aime beaucoup 'Le Seigneur des Anneaux', mais mon préféré reste le premier.
En ce qui concerne les versions longues (beau boulot !), je trouve ça sympa pour les fans, mais je me rend plus trop compte quand je revois le film en VL chez moi quelles sont les scènes rajoutées ! Par contre, j'aurai bien aimé voir le passage chez Bombadil (désolé pour l'orthographe si j'écorche) qui n'a jamais été tourné. J'ai lu les bouquins une fois chacun, et je me rappel de cet élément qui était plutôt sympa.

Darkskywalker 13/08/2008 19:49

Le Retour du Roi reste incontestablement le film le moins captivant de la trilogie. Peter Jackson avait accompli un tel travail avec les deux premiers films qu'à sa sortie, on se focalisait beaucoup plus sur les défauts du Retour du Roi que sur ses qualités. Le temps aidant, ses défauts se font plus facilement pardonnés, principalement grâce à sa version longue qui renforce l'intensité du récit et atténue plusieurs erreurs d'adaptations.

Mais il est indéniable que l'on aurait pu s'attendre à une oeuvre beaucoup plus intense.

Concernant la version longue de King Kong, étant donné qu'il s'agit de mon film préféré, je ferais certainement un long article qui lui sera consacré et dont lequel je mentionnerais plus en détail cette version longue. Celle ci n'est en effet pas assez importante pour mériter un article qui lui soit totalement consacré.

Seules 15 minutes sont inédites et elles n'apportent pas d'éléments fondamentaux au film original, elles consistent presque intégralement en de nouvelles séquences d'aventures sur l'île du crâne mettant en scène l'équipe d'aventuriers face à la flore locale. La séquence la plus longue montre les explorateurs traverser un marécage où règnent des créatures sous marines peu accueillantes.

Ces séquences sont sympathiques mais elles n'atteignent jamais les sommets d'intensité du film, ne serait ce que dans cette partie de l'aventure, tel le combat entre Kong et les T Rex ou le déroutant massacre par les insectes de l'île.

La version longue est plutôt à visionner pour ces bonus dont 38 minutes de scènes coupées! Peter Jackson explique que la version longue ne consiste pas à rajouter toutes les scènes inédites dans le désordre et explique pour chaque d'elle pourquoi il ne les as pas intégrées à la version finale. Elles concernent principalement soit des séquences qui n'ont pas été finalisées par manque de temps soit des scènes sur la traversée en bateau vers l'île du crâne, qui offrent parfois un regard différent de la version cinéma. Même si on y apprend quelques détails sur les personnages, ces séquences sont assez longues et auraient accentuer les longueurs du film, il est donc compréhensible que Jackson les ait exclus du montage final.

Les bonus sont par contre assez impressionnants et on n'y voit presque toute la conception du film en détails. Selon Peter Jackson, on y révèle des secrets qui ne sont pas censés être dévoilés (vérité ou simple annonce accrocheuse, difficile à dire) et entre le commentaire audio de Jackson, les makings of, le bétisier etc etc On en a vraiment pour son argent!

J'ai oublié de mentionner que le film est par contre séparé en deux CD, ce qui est un peu étrange étant donné les faibles rajouts dans le montage final. C'est un élément un peu ennuyeux mais on fait avec.

Emyl 13/08/2008 18:37

pas trop d'accordj'ai trouvé le 3eme film de SdA le plus décevant. Avec des écart total du livre (attaque des morts x2), des scenes exagérées à en etre ridicule : Légolas qui l'Olliphant d'une flèche, le cri Eowin "Je ne suis pas un homme"... La fin se fait attendre avec la montée très pénible de Sam et Frodon. Enfin, disons que je très décu de ce film.

Pour King Kong, ce fut pour moi un vrai régal, que je regarde de nouveau très souvent.
PS; je n'ai pas vu la version longue de king kong, ne pourrais-tu SVP faire un petit aerticle comme celui-ci dessus ... please ?

Darkskywalker 31/07/2008 19:37

Il y a pas mal de débat autour de ce film, qui est loin de faire autant l'unanimité que le Seigneur des Anneaux. Pour ma part, il s'agit certainement de mon film préféré, c'est avec cette oeuvre que je suis vraiment devenu cinéphile et ce sera sans doute l'un de mes meilleurs souvenirs au cinéma.

Mais le film est moins abordable que le Seigneur des Anneaux et la perception que l'on a du film influe pas mal sur le jugement final, à commencer si l'on considère King Kong comme victime ou dangereux.

Je comprends néanmoins que tous les cinéphiles ne ressentent pas un grand engouement pour ce film, mais fort heureusement beaucoup de gens le portent néanmoins en estime.