Les versions longues du Seigneur des Anneaux: que valent t-elles vraiment? (première partie)

Publié le par Leon9000

Le Seigneur des Anneaux, la saga littéraire de Tolkien jugée inadaptable, a finalement donnée lieu à l'une des plus grandes trilogies de l'histoire du cinéma. Cette adaptation titanesque avait besoin du savoir faire et du talent d'un génie pour arriver à son terme. Le nom de ce génie était Peter Jackson et même si la retranscription du Seigneur des Anneaux fut parsemée de maladresses, plus ou moins excusables, le cinéaste parvint finalement à donner vie au merveilleux monde de Tolkien où au delà des batailles épiques et des mondes fantastiques, se dresse un émouvant parcours d'apprentissage où les héros éprouvent les joies et peines de la vie. L'amitié, l'amour, le sacrifice, l'espoir, la séparation...Autant de thèmes véhiculés avec passion dans la saga de Tolkien et admirablement sublimés par Peter Jackson.

Après leur immense succès au cinéma, chaque épisode de la trilogie se vit dotée d'une version longue qui obtint également un vif succès. Le Seigneur des Anneaux n'est certainement pas le film qui a inventé le concept des versions longues mais il est indéniablement celui qui l'a popularisé. En effet, depuis le succès des versions longues de la trilogie, un véritable raz de marée de versions longues a envahi le marché des DVD. Certains proposent une nouvelle version d'un film sorti récemment dans les salles, d'autres permettent de découvrir un classique du cinéma dans sa totalité. Alors qu'on aurait pu craindre une occasion aisée pour les producteurs de se faire de l'argent facile sur le dos du public, ces versions longues sont généralement, au contraire, une occasion pour un cinéaste d'offrir le véritable film qu'il avait souhaité concevoir, une sorte de deuxième chance (autrefois inespérée) de se rapprocher de l'idéal cinématographique après un premier essai mitigé, les contraintes de la production freinant souvent les possibilités du réalisateur.

Kingdom Of Heaven de Ridley Scoot était le parfait exemple d'une version longue apportant un véritable enrichissement comparer à sa première conception. Citons également les versions longues de Blade Runner, Alien, Gladiator ou encore Sin City et le Bon, la Brute et le Truand. Bien sûr, quelques versions longues paraissent d'une utilité douteuse et on imagine aisément la motivation commerciale qui les guide (à l'image de cette pseudo version longue de Spiderman 2), mais il faut bien admettre que de manière générale ces nouvelles versions représentent une belle opportunité pour le public de découvrir la vraie profondeur d'un film. Et à l'heure où les versions longues se multiplient, il n'est pas inutile de revenir plus en détail sur celles du Seigneur des Anneaux, à l'origine de cette frénésie actuelle, et d'analyser quel apport ces versions longues amènent (ou non) à la trilogie de Peter Jackson. Cet article s'adresse donc plus particulièrement à ceux qui ont déjà visionné la version cinéma du Seigneur des Anneaux et se questionnent sur l'intérêt de ces versions longues. Ceux qui n'ont jamais vu le Seigneur des Anneaux devraient d'une part éviter de lire cet article (qui mentionnera des éléments clés de l'intrigue) et d'autre part se dépêcher de découvrir cette merveilleuse trilogie autant sur le plan cinématographique que littéraire.


LA COMMUNAUTE DE L'ANNEAU


Le premier élément à savoir concernant ces versions longues est que toutes les scènes inédites proviennent de séquences présentes dans le livre original, à quelques exceptions prés. Ainsi, ces rajouts n'arrivent pas de manière brusque mais s'insèrent efficacement dans le récit en se rapprochant davantage de l'intrigue originale telle que l'avait conçue Tolkien. Il n'y a également aucun soucis au niveau sonore, étant donné que le compositeur Howard Shore dirigea lui aussi la musique des versions longues en y ajoutant parfois des morceaux remarquables. Néanmoins, en ce qui concerne cette première version longue, un soucis demeure. Sur le simple plan de la fidélité, la Communauté de l'Anneau est certainement l'adaptation du livre la plus réussie des trois films alors que paradoxalement elle était la plus difficile. Tolkien commence en effet sa saga de manière quelque peu maladroite et la première partie de son histoire peine à démarrer, les évènements semblant s'enchaîner sans grande logique ni cohérence. Si Tolkien parviendra finalement à acquérir une maîtrise exceptionnelle de son oeuvre dans le Retour du Roi, ces premiers pas dans la Terre du Milieu sont quelque peu laborieux et allaient rudement poser problème pour une adaptation cinématographique. Mais c'était sans compter le génie de Peter Jackson qui parvint de manière remarquable à accroître l'intensité du récit original tout en conservant ses principaux éléments, rejetant ainsi plusieurs détails rébarbatifs du livre.

Mais ainsi la version longue de la Communauté de l'Anneau est celle qui apporte le moins au film original, les nouvelles séquences se limitant justement à quelques détails, certes sympathiques, mais qui ne bouleversent en rien la perception du Seigneur des Anneaux. Une séquence représente particulièrement bien ce problème: celle du départ de la Lorien. Alors que la version cinéma présente Galadriel offrant "la Lumière d'Elendil" à Frodon (un cadeau qui sera bien utile face à une certaine araignée géante), la version longue montre tous les membres de la Communauté recevant des présents elfiques. S'il est sympathique de voir d'où proviennent les capes elfiques que porteront les huit compagnons jusqu'à la fin de la trilogie, ce n'est certainement pas d'une utilité primordiale pour la compréhension de l'intrigue.

Là où cette version longue peut néanmoins présenter un intérêt non négligeable est qu'elle se focalise davantage sur les liens entre les membres de la Communauté. On y voit ainsi plus en détail le rôle de guide que joue Aragorn pour les quatre hobbits dans la première partie, le lien entre Gandalf et Frodon, l'amitié de Legolas et Gimli etc...La version longue s'intéresse également plus précisément au personnage de Boromir de part son rapprochement avec Frodon et son opposition avec Aragorn.

Aragorn se recueillant sur la tombe de sa mère à Fondcombe.


Malheureusement, cette version longue présente également un montage moins ingénieux que dans la version cinéma. A titre d'exemple, lors de la superbe séquence d'introduction du film, la version longue montre la courte bataille durant laquelle Isildur perd la vie à cause de la trahison de l'anneau. Le montage initial, présentant directement le corps d'Isildur dérivant sur les flots, avait pour mérite de ne pas casser le rythme de la narration, la voix de Galadriel continuant son récit mystérieux sans interruption. Le montage de la version longue pose beaucoup plus de problèmes lors de la mort de Boromir, grand moment héroïque du film et certainement l'une des plus belles morts qu'on ait pu voir au cinéma. Alors que le montage de la version cinéma se focalisait sur l'exploit glorieux de Boromir qui , le corps percé de flèches, continue de protéger Merry et Pippin; la version longue prolonge la bataille et montre Boromir, aidé des deux hobbits, repousser les orques tandis qu'Aragorn court les rejoindre en tuant les ennemis qui lui barrent la route. Ce n'est qu'une fois Boromir touché d'une flèche que la séquence se focalise sur sa mort comme dans la version cinéma. Si cette séquence reste particulièrement intense dans les deux versions, il est indéniable qu'elle était plus ingénieusement présentée dans la version cinéma.

De manière générale, alors que le rythme de la première version était assez lent, malgré les efforts de Peter Jackson pour dynamiser l'action comparer au livre, le montage de la version longue accentue encore les longueurs du récit. Cette version longue ne présente donc pas un grand intérêt pour le spectateur basique, elle est davantage destinée aux fans de la saga qui pourront être heureux d'y retrouver plus d'éléments du livre ou bien être insatisfaits du nouveau montage et de la faible utilité de cette nouvelle version. Fort heureusement, l'intérêt des versions longues s'accroît sensiblement dans les deux autres suites.


LES DEUX TOURS



La version longue des Deux Tours doit son principal intérêt à une séquence particulière: un flash-back présentant Boromir libérant la cité d'Osgiliath de la menace du Mordor et fêtant la victoire avec son frère avant l'arrivée de son père. Cette scène est véritablement capitale sur le plan de l'intrigue car elle présente un nouveau regard sur la famille de Boromir dont les trois membres joueront un rôle important durant la trilogie. Elle dévoile premièrement les raisons qui amenèrent Boromir à rejoindre Fondcombe malgré ses réticences à quitter son peuple. Il s'agit de la dernière scène de la saga où apparaît le personnage et la seule où on le découvre parmi les siens. La séquence présente également Faramir écrasé par la personnalité de son père qui n'a de respect que pour Boromir. La séquence explique ainsi davantage le choix de Faramir de vouloir "montrer sa valeur" en amenant l'Anneau au Gondor, une différence de taille avec le livre où Faramir résiste directement à l'attrait de l'Anneau et laisse partir Frodon et Sam vers Minas Morgul. Un changement qui avait provoqué beaucoup de protestations chez les fans et qui se justifie davantage dans cette version longue.

Enfin la séquence introduit le personnage de Denethor, protagoniste important du Retour du Roi, et annonce le chagrin fou qu'il éprouvera à la mort de son fils ainsi que le mépris haineux envers Faramir. Bref, cette séquence est primordiale dans la vision du trio familial dont chaque membre aura un rôle important dans la trilogie. Cette scène est si importante qu'il est injustifiable qu'elle n'ait pas été incluse dans la version cinéma. De là à dire qu'elle a été intégrée à la version longue pour faciliter les ventes de celle ci, il n'y a qu'un pas. Mais au delà de cette scène majeure, la version longue des Deux Tours dispose d'autres atouts.

"N'oublie pas ce jour, petit frère"


Même si comme dans la Communauté de l'Anneau, de nombreuses séquences inédites n'apportent que quelques détails, elles s'insèrent beaucoup mieux dans le récit des Deux Tours et ne nuisent à aucun moment à l'intensité du film. De surcroît, plusieurs scènes apportent un regard plus approfondi sur certains personnages dont Théoden et Eowyn. Sylvebarbe apparaît sous un angle plus poétique (et plus proche du livre), notamment dans une séquence où Peter Jackson crée un parallèle avec Tom Bombadil, personnage étrange et décalé du premier livre qui n'apparaîtra jamais à l'écran. Plusieurs scènes intéressantes mettent également en avant le rôle ambigu de Gollum. Il est également à noter que l'incroyable bataille du gouffre de Helm est parsemée de séquences violentes qui avaient été coupées dans le montage initial (sans doute pour ne pas éloigner le grand public), une bataille qui trouve d'ailleurs son véritable dénouement dans cette version longue avec la dernière action des Ents.

Bref si cette version longue n'est peut être pas indispensable pour un spectateur ordinaire, elle est néanmoins supérieure à sa version cinématographique. Plus proche du livre, plus riche, plus profonde, cette version longue accentue l'intensité du récit original et sans le desservir cette fois ci. L'apport de cette version longue ne représente toutefois rien comparer à l'immense gain de qualité que gagne le Retour du Roi dans sa version longue.



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capucine 19/08/2008 16:29

super choix de film je l'ai est tous vu le meme jour et j'ai adorer bonne continuation

Emyl 13/08/2008 18:22

supersuper article, je te félicite ! C'est une description exact des films, c'est superbe ! Ton analyse est juste (je suis un fan du SdA en film ET en livre), c'est du boulot bien fait. Bon j'arrete les félicitations, tu pourrais avoir la grosse tete et te rater pour la suite de l'article lol