Zodiac: saurez vous déchiffrer la complexité de l'oeuvre de Fincher?

Publié le par Leon9000

Présenté au festival de Cannes, le nouveau film de David Fincher, réalisateur entre autres des cultes Seven et Fight Club, retrace l’enquête menée autour d’un serial killeur surnommé le Zodiac qui terrorisa la Californie dans les années 70. Ce fait divers avait déjà servi d’inspiration à un volet de l’inspecteur Harry auquel le film fait un clin d’œil, mais l’objectif de l’œuvre de Fincher est vraisemblablement de proposer le bilan le plus crédible et détaillé  possible de l’enquête menée autour du Zodiac. Le film est donc l’adaptation d ‘une œuvre littéraire rédigée par un journaliste passionné par l’affaire et qui devient le principal protagoniste de l’œuvre de Fincher. Si beaucoup  apprécieront la maturité intellectuelle évidente du cinéaste, celle ci empêche également Zodiac d’être un chef d’œuvre.

 

Affiche teaser américaine. Warner Bros.

L'affiche est à l'image du film: embrumée.

 

Le début du film est pourtant extrêmement prometteur. La finesse de la  mise en scène est remarquable et le travail de perfectionniste de Fincher porte véritablement ses fruits. La narration est elle même excellente, mettant en relief  tous les aspects soulevés par l’affaire du tueur en série à travers une reconstitution très précise du contexte de l’époque. L’intensité émotionnelle de l’œuvre est également présente à travers les scènes de meurtre du tueur en série très poignantes. Zodiac donne donc le sentiment dés le départ que l’on a affaire à une nouveau chef d’œuvre du cinéaste.

 

Toutefois, arrivé vers la moitié de l’œuvre, l’intérêt du film décroît fortement. Les raisons en sont un manque de rythme, de suspense et d’intensité assez déroutants. Si l’on peut songer sur le moment qu’il s’agit d’une erreur de traitement du cinéaste, l’analyse générale de l’œuvre montre bel et bien que cela est voulu. Car ce qui ressort du Zodiac tient davantage du documentaire sous forme de reconstitution que sur un film de serial killeurs. David Fincher a un sujet à traiter et veut le faire de manière réaliste et crédible sans dénaturer ou trahir le drame original. De ce fait, ce choix empêche le cinéaste de recourir à des procédés cinématographiques qui permettraient la mise en place d’un rythme constant dans l’œuvre, comme par exemple l’impossibilité de montrer des crimes du Zodiac tardivement dans le film, ce qui ne collerait pas avec les meurtres réels de l’assassin. Mais de ce fait, aprés l'énorme tension instaurée par le début du film montrant les crimes de l'assasin, la baisse d'intensité de l'oeuvre n'en est que davantage ressentie.

Jake Gyllenhaal et Robert Downey Jr.. Warner Bros. France

Malgré les séquences d'introduction chargées en intensité, le film se veut davantage comme une reconstitution crédible du fait réel, même si cela doit se faire au détriment de l'impact du film.

 

Si Fincher tente de conserver un certain semblant de suspense à travers la menace sourde que fait peser le criminel, son œuvre est avant tout un traitement crédible et d’une sobriété impressionnante du déroulement de l’affaire du Zodiac . Si le concept est audacieux et louable, il n’en reste pas moins que cela nuit à la qualité « cinématographique » de l’œuvre pourrait t-on dire, Zodiac étant très loin des codes de bases du cinéma et finissant au bout du compte par ne plus s’apparenter au cinéma. L’œuvre est complexe et son analyse difficile, il est toutefois possible de dire que Zodiac n’a pas été crée dans le but de faire forcément un chef d’œuvre cinématographique mais plutôt une retranscription d’un drame réel,. Cela aura sans doute pour conséquence d’éloigner une large partie du public mais également d’obtenir l’estime de plusieurs cinéphiles qui pourront ironiquement considérer Zodiac comme un chef d’œuvre du cinéma tout bonnement parce qu’il n’essaye pas de l’être.

 

Il convient de noter toutefois que les derniers instants du film appellent à davantage de suspense mais témoignent toujours d’un traitement d’une sobriété remarquable. La bande son du film est également grandiose et le jeu d’acteurs très convaincant à l’exception de Jake Gyllenhall dont le talent d’acteur est certain mais dont le rôle dans ce film n’appelle pas à une grande interprétation d’acteurs.

Robert Downey Jr. et Jake Gyllenhaal. Warner Bros. France

Zodiac va à l'encontre de nombre de règles élémentaires du cinéma, cela se fait au détriment de l'intensité de l'oeuvre mais renforce son allure de retranscription réaliste du fait divers, ce qui pourra être apprécier par certains autant qu'un "vrai film".

 

 

Il est certain qu’avec ce film, David Fincher témoigne d’une maturité surprenante, rejetant ainsi les critiques à son égard l’accusant de trop user de gros moyens. Zodiac est au contraire une œuvre extrêmement subtile et fidèle à la réalité, au point qu’elle s’en éloigne même du cinéma. La complexité du film est telle que même s’il n’emporte pas l’adhésion totale, il mérite certainement d’être visionné afin de se forger sa propre opinion sur cet exercice de style très audacieux et dénué d’ambition commerciale.


Publié dans Films vus en salles

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