Assassin's Creed: "Rien n'est vrai, tout est permis"

Publié le par Leon9000

Assassin's Creed est l'un des titres qui fut les plus attendus durant l'année dernière. Développé par le talentueux studio français Ubisoft, déjà à l'origine des sagas Prince Of Persia et Splinter Cell, le titre fut doté d'une publicité impressionnante, dévoilant un maître assassin évoluant dans l'univers des croisades au fil d'acrobaties spectaculaires. Aujourd'hui, Assassin's Creed est l'un des jeux les plus vendus sur PS3 et XBox 360, un succès largement mérité pour cette oeuvre qui, malgré des défauts assez consistants, possède une richesse indéniable qui parvient à faire emporter irrésistiblement l'adhésion.


Le principal élément mis en avant durant la promotion d'Assassin's Creed était l'interaction extraordinaire avec les décors. Bénéficiant visiblement du travail effectué durant Prince Of Persia, de part l'agilité du héros et la facilité de la prise en main, Assassin's Creed propulse le concept des plates formes à son paroxysme en permettant au joueur d'accéder à n'importe quel bâtiment avec une aisance déconcertante. Le personnage central du jeu, en la personne de l'assassin déchu Altaïr, est capable de franchir n'importe quel obstacle en utilisant tous les éléments susceptibles de lui fournir un appui dans la réalité. Cette interaction impressionnante est mise à profit par la grande liberté du titre et l'immense taille des environnements visités, les deux autres éléments clés du jeu. Durant son périple, Altair visitera les trois gigantesques cités de Damas, Acre et Jérusalem qu'il pourra parcourir de fond en comble dans une totale liberté de déplacement, apportant ainsi une fraîcheur bienvenue après l'aspect dirigiste des Prince Of Persia. La démesure visuelle des décors permet ainsi d'apprécier l'excellent travail graphique opéré sur cette oeuvre: outre la profondeur stupéfiante du champ de vision, l'animation du héros est exemplaire de fluidité et, l'action du jeu se déroulant au Moyen Orient, Assassin's Creed impressionne par ses effets d'ombres et de lumière où même la luminosité variante du soleil a été remarquablement reproduite.


Le jeu fait de surcroît intervenir un nombre impressionnant de personnages à l'écran, afin de retranscrire efficacement l'animation d'une ville entière, renforçant le sentiment d'immersion de l'oeuvre. Néanmoins, quelques ralentissements fâcheux viennent parfois obscurcir le tableau. De même, si la modélisation des visages s'avère assez convaincante, elle est un peu en décalage vis à vis de la performance graphique du reste du jeu, mais ces quelques éléments ne viennent pas compromettre l'impact visuel saisissant d'Assassin's Creed. Cette performance graphique est mise au service du jeu qui, grâce à sa liberté de déplacement, permet d'aborder les situations sous plusieurs angles selon le souhait du joueur. Altair peut ainsi manoeuvrer dans la subtilité et s'approcher discrètement de ses cibles à éliminer. Pour cela les moyens sont multiples: escalader discrètement un bâtiment pour prendre l'ennemi par surprise, se dissimuler dans la foule pour échapper aux regards méfiants, assassiner discrètement un garde pour que ces compagnons quittent leur poste en allant examiner le lieu du crime...

Une interaction incroyable dans des environnements immenses.

La discrétion est souvent mise à profit

Mais pour les plus impatients, l'action peut également être privilégiée. A ce propos, le jeu met en place un système efficace de combats qui tente d'offrir des affrontements violents, stylisés mais aussi réalistes. Frapper dans tout ce qui bouge ne sera pas très profitable et mieux vaut privilégier les contres attaques surprises lorsque l'ennemi baisse sa garde, un concept demandant ainsi la vigilance constante du joueur. Au début du jeu, lorsque le héros est limité dans ses techniques de combat, les affrontements sont assez difficiles et laissent davantage la place à l'infiltration. Néanmoins, une fois le système de combat maîtrisé et toutes les capacités d'Altair acquises, les combats ne posent plus beaucoup de problèmes même si une dizaine d'adversaires se dresse sur notre chemin. Le jeu fait tout de même intervenir quelques ennemis coriaces qui augmentent la difficulté du titre. Quelque soit la tactique adoptée, une fois l'assassinat accompli, toute la ville est alors à vos trousses, donnant ainsi lieu à des courses poursuites d'anthologie où aucun temps mort n'est permis.


Les grandes ambitions d'Assassin's Creed offrent donc une formidable expérience de jeu, les environnements à la taille démesurée étant parcourus avec un délicieux sentiment de liberté et de puissance. Outre les villes principales, le jeu propose également l'exploration d'un vaste royaume qui accroît de manière significative la durée de vie du titre. La richesse du jeu est si importante qu'il faut un léger temps d'adaptation pour analyser toutes les subtilités du Gameplay. Le long niveau d'entraînement du début du jeu n'est donc pas inutile, malgré son aspect rébarbatif.

Les ripostes sont le meilleur atout durant les combats

La Terre Sainte est vaste et son exploration augmente de manière significative la durée de vie

Mais outre son plaisir ludique, Assassin's Creed doit également sa réussite à son contexte historique. L'époque des Croisades est une période propice à l'aventure, aux complots et au mystère et ce concept a été ingénieusement exploité par les développeurs. Même si le récit affiche des libertés assumées avec l'histoire (ou plus exactement qu'il joue avec la véracité des faits connus), il retranscrit avec intelligence la période sombre des guerres saintes et en rejetant tout manichéisme déplacé, il offre une vision riche, complexe et juste de ce conflit des religions. Ce premier récit est solidement appuyé par une intrigue parallèle se déroulant dans un monde futuriste. En effet, si la publicité d'Assassin's Creed avait négligé cet aspect du jeu, cette particularité est pourtant l'une des principales qualités du titre. Dés les premières minutes, le joueur est mis dans la peau de Desmond Miles, le descendant d'Altair, emprisonné par une sombre organisation et qui, grâce à une technologie avancée, revit les évènements vécus par son ancêtre assassin par le biais de sa mémoire génétique.


Ainsi, outre une reconstitution efficace des croisades, le monde d'Assassin's Creed est également une sorte de programme informatique, similaire à une certaine Matrice, et qui connaît également ses règles et ses limites. Ce concept, extrêmement ingénieux, réussit l'audace de justifier la structure même du jeu vidéo. En effet, lorsqu'une zone sera par exemple inaccessible au joueur, le programme signalera que la mémoire actuelle du sujet ne permet pas d'accéder à ce lieu. Divers éléments informatiques fournissent des indications au joueur et la barre de vie même représente la synchronisation de Desmond avec son ancêtre.


Mais au delà de l'intelligence de ce concept, l'intrigue du monde futuriste enrichit considérablement le récit, par sa complémentarité avec l'histoire vécue par Altair aux temps des croisades. Ces divers éléments donnent lieu à une intrigue d'une richesse inattendue dont la complexité suscitera beaucoup d'interrogations auprès du joueur. L'audace narrative des développeurs impressionne d'autant que l'histoire gagne de en plus en plus en profondeur au fil de la progression pour s'achever dans une conclusion aussi démente que superbe. La fin de l'oeuvre est ouverte à des possibilités innombrables pour la suite, et si Ubisoft fait preuve de l'audace attendue, Assassin's Creed devrait encore surprendre dans ses suites à venir.

La reconstitution habile des Croisades renforce beaucoup l'immersion

L'intrigue parralèle dans le monde futuriste permet de justifier la structure même du jeu vidéo et d'offrir un récit à la richesse innatendue.


Il convient néanmoins de préciser le principal défaut d'Assassin's Creed: sa répétition importante. En effet, si le début du jeu impressionne par ses richesses, les développeurs ne tentent pas de renouveler réellement l'expérience de jeu durant l'aventure et se reposent surtout sur leurs bases. De ce fait, si chaque assassinat tente d'apporter sa propre particularité, le cheminement pour y accéder est toujours identique: enquête, interrogatoire ou espionnage, retourner au bureau des assassins, éliminer la cible et prendre la fuite. Les quêtes annexes sont malheureusement peu variées: de l'interrogatoire en passant par l'espionnage et le vol de documents, de l'aide aux pauvres citoyens maltraités au coup de main à d'autres collègues assassins, les différentes possibilités sont vite exploitées. Si la première partie du jeu impressionne, la deuxième peut ainsi se révéler rébarbative. L'exploration du vaste royaume et les transitions avec le monde futuriste apportent un peu de nouveautés bienvenues, mais cet aspect rébarbatif a malheureusement lassé plusieurs joueurs qui ne s'attendaient pas à cette répétition.


Ce défaut assez consistant ne doit pourtant pas faire oublier la richesse générale du jeu. Grâce à son ingénieux concept et sa réalisation intelligente, le jeu donne l'impression de ne jamais quitter vraiment la peau du personnage, les chargements étant effectués sous la forme de transitions informatiques et le joueur pouvant même faire déplacer Altair durant les cinématiques. L'immersion du jeu est donc colossale et la progression est de surcroît motivée par l'envie de découvrir l'aboutissement de cette intrigue délicieusement tortueuse. Du point de vue sonore, l'ambiance est fidèlement servie par un excellent doublage français. Malheureusement, les musiques du jeu ne laissent pas un souvenir impérissable. Non pas que les compositions soient forcément de mauvaise qualité, mais elles sont la plupart du temps sous-exploitées et très discrètes, de telle sorte qu'il faut attendre la deuxième moitié du jeu avant qu'elles prennent plus d'ampleur.

Le manque de variété du jeu conduit à une certaine répétition, voir une lassitude.

L'immersion du joueur est néanmoins toujours présente, même durant les cinématiques.

Avec sa répétition importante, Assassin's Creed aurait pu apporter une déception. Pourtant les immenses qualités de l'oeuvre, autant sur le plan visuel que narratif, parviennent à faire oublier ses quelques erreurs de jeunesse. Nul doute qu'avec une diversité plus marquée, le titre aurait été unanimement salué. Ceux qui dépasseront les lacunes du titre y verront alors un jeu d'exception, premier épisode d'une nouvelle saga culte dont l'immense potentiel ne demande qu'à être exploité à nouveau. Assassin's Creed est donc loin d'avoir fini d'émerveiller les joueurs, même si son héros emblématique s'est déjà hissé au sommet des personnages les plus charismatiques du jeu vidéo.

Note: 18/20.

PS: pour la modélisation des personnages, c'est l'actrice Kristin Bell (Veronica Mars, Heroes) qui a prêtée son visage et sa voix au personnage de Lucy.

Ci dessous, la bande annonce d'Assassin's Creed sur la musique de Massive Attack.



Publié dans Jeux vidéos

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Commenter cet article

altaïr 12/09/2009 12:28

super cette article j'aimerais savoir quel est le titre de la musique de Massive Attack que vous avez mis dans la vidéo. SVP

Darkskywalker 07/09/2008 17:25

Tout à fait, d'autant plus qu'Assassin's Creed est désormais devenu un "classic xbox 360" et son prix est ainsi beaucoup plus abordable.

007bond 07/09/2008 02:07

Super article sur Assassin, un jeu excellent que tous les possesseurs de consoles next gen se doivent de posséder !!!